@Quiberon

Le "Fort Neuf"

dimanche 21 janvier 2007 par Patrick LUCO

Le "Fort Neuf", appelé ainsi par les Quiberonnais depuis le milieu du XIXeme siècle, a été construit en 1850 sur l’emplacement de l’ancienne batterie de Beg Ruberen, au sud est du port Haliguen.

Le "Fort-neuf", vu de la mer, vers l'Ouest Le "Fort Neuf", appelé ainsi par les Quiberonnais depuis le milieu du XIXeme siècle, a été construit en 1850 sur l’emplacement de l’ancienne batterie de Beg Ruberen, au sud est du port Haliguen.

Cette batterie avait été construite sur le petit promontoire granitique qui s’avance en mer entre la plage de PORHIGEU (aujourd’hui PORIGO), au nord, et INIZ DARBOD (vient du nom "darboder" qui signifie "entremetteur" ; ce nom se rapporte à la légende du Sire DARBOUED, "seigneur" du ROC’H PRIOL). On ne trouve aucune trace de ce "sire" dans les archives. C’est une invention pour faire peur aux petites filles...

Sur les cartes marines, il est désigné sous le nom de "Pointe RIBEREN" ou "Ruberen".

Cet emplacement avait été choisi par les stratèges des siècles passés car, de là, il était facile de "tenir" les plages de Beg Conguel, et celle de PORHIGEU. Une pièce de 12 chargée à mitraille, pouvant ainsi balayer tout ennemi débarquant sur ces plages. La ria de Port Haliguen, étant alors bien protégée de toute excursion intempestive d’un ennemi venu de la mer. La ria de port Haliguen, en cas de débarquement, étant un axe de pénétration privilégié car, en passant par là, on était à l’abri des feux de mousqueterie, ou d’artillerie en tir rasant.

Remontons dans le temps où KIBEREN (Quiberon), avancée en mer, avait à se défendre des invasions normandes des IXe et X, Siècles puis des descendants des pirates saxons devenus les Anglais, et également des écumeurs de mer du Poitou, de l’Aunis, de la Saintonge, quand ce n’étaient pas des Espagnols, des Hollandais, des Allemands qui venaient se ravitailler à peu de frais sur les côtes, dont celles de la presqu’île quiberonnaise.

Pour tenter d’opposer une résistance, des ouvrages défensifs furent établis sur les pointes rocheuses afin de protéger les plages des débarquements ennemis.

Le trente janvier 1746, le ministre de MAUREPAS avait fait signer par le roi Louis XV (dit Le Bien Aimé), à Marly, un "estat des ouvrages des environs de Port-Louis" accordant des sommes importantes pour la réparation à faire aux batteries de Quiberon, qui étaient au nombre de dix : pointe de LA PALUE (futur FORT PENTHIEVRE et, un temps, FORT SANSCULOTTE), port d’ORANGE, pointe du ROHU (devenu BEG ROHU), port HALIGUEN (signifie "port des saules"), BEC RUBERENNE (futur Fort Neuf), BEC er VIL, (à l’époque le mot BEG a été écrit BEC ; Il signifie pointe, extrémité, bouche, bec), KERENTRECH du LEVANT, Croix de BERTINIAU (Métathèse pour BRÉTINIO, par inversion du "R" et du "E", "BRÉ" désignant une colline, une éminence) ; sur cet emplacement se trouve actuellement le Monument aux Morts des Guerres ; KERENTRECH du COUCHANT (l’anse de KER-ENTRECH, ou KER-EN-TREC’H, ou KER-EN-TREH, abrite l’actuelle "Grande Plage" et le "Port Maria"), BEG-ER-LANN (la pointe de la lande, ou des ajoncs).

Les batteries étaient en mauvais état et manquaient d’hommes et de munitions. Onze mille livres furent accordées pour leur réparation.

Le vendredi 14 octobre 1746, avant que les réparations aient été entreprises, l’amiral anglais LESTOCK fit mouiller les quarante navires de son escadre dans la baie de Quiberon. Deux jours auparavant quelques-unes de ses frégates avaient donné la chasse au vaisseau de guerre français ARDENT, de 60 canons.
Celui-ci s’était réfugié dans l’anse de Kerentrech, sous la protection des batteries côtières. Les munitions épuisées, il fut coulé. Pris de panique et n’ayant plus rien pour se défendre, les gardes-côtes, et tous ceux de la population qui le purent, gagnèrent le continent en emportant ce qu’ils pouvaient de leurs biens. Des troupes de "Royals" et de "Highlanders" débarquèrent et se retranchèrent dans la presqu’île qu’ils occupèrent durant huit jours, pillant, détruisant, brûlant. Une mise à sac complète de la presqu’île. C’est pour cela qu’il ne reste pratiquement rien de l’époque antérieure à cette descente.
Les Anglais venaient de rembarquer de Lorient où ils avaient voulu mettre à sac la ville...

Le sieur MARION, directeur des domaines de Son Altesse Sérénissime Monseigneur le duc de PENTHIEVRE, dressa un état des pertes occasionnées par les Anglais.

En 1747, le duc de PENTHIEVRE vint se rendre compte du peu d’avancement des travaux qui menaçaient d’être interrompus faute de crédits suffisants.

En 1755, le duc d’AIGUILLON, gouverneur de Bretagne, qui voulait rassembler une flotte importante dans la baie de Quiberon en vue d’une expédition en Angleterre, constata que les batteries et les forts n’étaient pas bien armés.

A l’automne 1759, une flotte de transport de 61 bâtiments attendait dans les rivières d’Auray et de Vannes, en fond de baie. Elles devaient être rejointes en mer par 16 bâtiments venant de ROCHEFORT et 11 autres venant de PORT-LOUIS. Pour cela l’escadre de 21 vaisseaux du Maréchal de CONFLANS devait dégager le littoral de la pression anglaise. Mais les Anglais, aux aguets, attaquèrent l’escadre française qui, se voyant en infériorité, tenta de se réfugier dans la baie de Quiberon, pour y trouver la protection des batteries côtières. Des vaisseaux anglais coupèrent la route à l’escadre française et l’anéantirent près des Cardinaux, à l’est de l’île de HOEDIC, le 20 novembre 1759.

Au printemps 1761, avec 8 vaisseaux de guerre et 177 transports de troupes, les Anglais s’emparèrent de BELLE-ILE après 38 jours de siège. Ils y débarquèrent 21.000 hommes de troupes d’occupation et y placèrent un gouverneur. Ils resteront jusqu’en mai 1763. La presqu’île n’intéresse plus les Anglais : mise à sac en 1748, elle ne s’était pas encore relevée de ses ruines.

En 1763, des batteries à barbettes de deux canons, ou des batteries circulaires, furent placées sur diverses pointes, dont celle de BEG RUBEREN. La barbette est une plate-forme surélevée destinée à recevoir des pièces d’artillerie.

1789 : la Révolution française. Beaucoup de nobles sont contraints de chercher asile hors des frontières. 1794 les persécutions religieuses atteignent leur maximum les levées d’impôts et les levées de soldats exaspèrent bon nombre de Bretons...

1795 : l’escadre de l’amiral WAREN jette l’ancre en baie de Quiberon. Le 27 juin, cinq mille Emigrés débarquent à CARNAC où ils sont rejoints par quelque dix mille Chouans. Le général HOCHE, à la tête des troupes républicaines, refoule les Emigrés et les Chouans dans la presqu’île quiberonnaise, combat après combat, jusqu’au BEG RUBEREN où eut lieu la dernière bataille et la reddition, le 21 juillet 1795. Construite pour se défendre des attaques venant de la mer, la batterie de BEG RUBEREN n’offrait qu’un mur de protection peu élevé du côté de la terre.

Après plusieurs années de travail, le FORT PENTHIEVRE est totalement réaménagé en 1850. En 1854, certaines anciennes batteries et redoutes de la côte sont mises en vente par le Service du Génie et la Direction des Domaines : BEG an AUD, KERNÉ ; celle de KERENTRECH du COUCHANT sera achetée par l’industriel bordelais RÔDEL qui y bâtira une conserverie de sardines.

En 1870, guerre contre l’Allemagne. Les fortins de la presqu’île sont en ruine. L’artillerie a amélioré la précision et la portée des canons et, ainsi, les batteries, très rapprochées les unes des autres, paraissent inutiles et sont, pour certaines, désaffectées.

En 1872, les Domaines mettent en vente la batterie de BEG-er-LANN que veut racheter le Docteur MONGEOT, mais les autorités maritimes refusent la vente, la batterie servant d’amer (point de repère pour les navigateurs). Elle sera vendue en 1877. M. TURPAULT, filateur de CHOLET, y fera construire, quelques années plus tard, le château qui porte son nom.

De 1883 à 1886, construction du FORT CENTRAL, à l’emplacement du moulin à vent de Saint-Julien. Ce fort est appelé actuellement FORT de SAINT-JULIEN ; il abrite le sémaphore de la Marine Nationale. Des restaurations sont entreprises aux forts de BEG ROHU et de PENTHIEVRE. La batterie de BEG RUBEREN est remaniée et, durant les hivers de ces années là, des marins-pêcheurs, inoccupés, sont employés aux travaux de protection des casemates abritant les magasins et la poudrière. Ils brouettent du sable et de la terre des terrains proches jusqu’au fort pour en coiffer les casemates. Ce sont les buttes herbeuses qui émergent du mur d’enceinte. (Propos recueillis par M. Christian MOISSON, vers 1937, près de M. Louis LE DIRAISON, né le 23 janvier 1867 et décédé le 16 août 1954).

En 1902, le FORT NEUF est déclassé de sa destination contre les ennemis potentiels qu’étaient les Anglais, ceux-ci étant remplacés par les Allemands. Le XIX, siècle fut consacré à la défense sur les fronts de mer ; à partir de 1870, la défense se reporte sur les frontières de l’est, avec comme ennemi potentiel l’Allemagne.

En 1904, les forts sont désarmés. Le conseil municipal demande, le 16 octobre 1904, que le FORT NEUF soit utilisé comme magasin de dépôt de matériel d’approvisionnement et que la criée aux poissons de PORT-HALIGUEN (colonie de vacances de PONTIVY, par la suite) soit transformée en caserne...

Le 13 janvier 1924, le conseil municipal de QUIBERON constate : "les forts actuels, construits dans la commune, ne semblent présenter aucun intérêt pour la Défense Nationale et, à l’heure actuelle, les casernements sont inoccupés" ; "la zone de protection établie porte préjudice au développement de la station balnéaire et notamment à la construction et à la vente des terrains compris dans la dite zone". Le conseil municipal demande la suppression de cette zone établie autour du FORT NEUF et des batteries de Porthaliguen (écrit en seul mot sur le registre des délibérations), et de SAINT-JULIEN.

Le 8 novembre 1925, le conseil municipal demande à nouveau la suppression des zones de protection du FORT NEUF et de la batterie de Porthaliguen.

Sur cette vue de 1917, des bâtiments, construits entre le fort et la route, se découpent sur l’horizon. Le plus petit aurait servi de bureau au vaguemestre et les autres de casernement à la petite garnison chargée du gardiennage et de l’entretien du fort.

A l’ouest des hangars ont été construits pour abriter des avions.

lors du réaménagement du fort ? Le capitaine KERMOAL, du régiment d’Artillerie de Forteresse, y fut affecté un temps, entre les deux guerres mondiales. Plus tard, le Maître PrincipaI de Manœuvre de Réserve Louis, Jean, Albert THOME fut affecté à la Défense du Littoral de QUIBERON du 1er décembre 1939 au 2 avril 1940 et placé en poste au FORT NEUF, sous les ordres du Commandant d’unité R. RALLIER du BATY. Le 2 avril 1940, il partit à SAINTNAZAIRE pour participer au déséchouage du navire LE VENDÉE (Police de navigation de SAINT-NAZAIRE).

Rassemblés à PORT HALIGUEN le mardi 18 juin 1940, les militaires du Front de Mer de la presqu’île, dont ceux du FORT NEUF, sont transbordés à bord du paquebot DE GRASSE, ancré en baie de QUIBERON. Le paquebot appareille le lendemain à une heure du matin. Les vivres, les munitions et divers matériels sont restés au FORT NEUF ; la population en pillera une partie, en détruira une autre partie, pour ne pas les laisser à l’envahisseur.

Le samedi 22 juin 1940, les troupes allemandes envahissent la presqu’île et occupent les divers forts.

Dès juin 1941, des travaux de défense des côtes sont entrepris par l’Organisation TODT (mur de l’Atlantique). En 1942, les emplacements des anciennes batteries sont renforcés : blockhaus à PORT MARIA, au château TURPAULT, à BEG er VIL. Le FORT NEUF est alors réarmé : construction d’un blockhaus dans l’angle de la plage de PORIGO, armé d’un canon de 75 mm(ou de 88 mm) ; construction d’un "TOBROUCK (tourelle de support de mitrailleuse sur rail circulaire) ; construction d’une plate-forme, au centre du fort, pour une batterie de D.C.A pour la défense de LORIENT. Ces batteries sont desservies par une douzaine d’hommes.

Par délibération du 3 décembre 1960, le Conseil municipal, présidé par M. Victor GOLVAN, sénateur-maire, vote le principe de l’achat du Fort Neuf, "considérant l’intérêt que peut présenter pour la Commune et Station climatique de Quiberon la possession en toute propriété de l’ouvrage désigné sous la dénomination "Le Fort Neuf", ouvrage appartenant à la Marine Nationale". Le 10 janvier 1961, le Directeur de l’Enregistrement des Domaines et du Timbre répond que la Marine n’a pas l’intention de se dessaisir de cet ouvrage.


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