@Quiberon

A « Sailman », the sailor… Celui qui "aime" tant Quiberon !...

jeudi 1er avril 2010 par Patrick LUCO

Cher « sailman » !

Si on ne t’avait pas, il faudrait t’inventer !…
Quand j’ai lu ton dernier message, en ce premier avril 2010, j’ai pensé à un poisson d’avril…

Lorsque tu t’es manifesté pour la première fois, j’ai cru à un gag ! D’autres, plus connaisseurs et très avisés, m’ont dit naguère que tu étais un troll…

Tu sais : un de ces personnages de la mythologie nordique dont le rôle est d’effrayer les petits enfants… Par ici, ce sont les korrigans qui les représentent. On m’avait dit autrefois qu’il y en avait à Conguel. Du côté du menhir du Palluen… Pourtant, le menhir du Palluen, ce n’est pas Commana : ce n’est tout de même pas une des Portes de l’Enfer….

Tiens ! Par curiosité, il y a longtemps, j’étais même allé voir par une nuit de pleine lune de printemps. Hormis le ressac, il y avait plein de bruits bizarres… Des chouettes qui chassaient, je pense… J’avais évité de passer par Poul Brennig, car là il y avait là –dit-on- un candidat dangereux : le sieur d’Arbouet. Un triste sire échappé des enfers qui pouvait être rencontré, la tête sous le bras et un poignard dans le cœur. Il paraît que c’était un type peu recommandable. Si peu recommandable d’ailleurs, qu’un ancien Quiberonnais nous en avait débarrassé il y a bien longtemps maintenant.
Cependant, on dit encore qu’il est toujours là ! Non ! Ce n’est pas toi, « Sailman » puisque tu m’écris de temps en temps…

Donc, je suis passé par le vieux chemin de Conguel qui à l’époque n’avait pas été dérangé par des aménageurs fous. Des korrigans ? Point ! Par contre, je suis revenu avec quelques beaux poissons pêchés à la senne… Pourtant, des Korrigans j’aurais du normalement en rencontrer, car il était très tôt le matin, car c’était bien après l’étale de basse mer de marée de vives-eaux.. A l’heure où les poissons viennent chasser sur la plage au début du flot. Je parie que tu ne sais pas ce que c’est que de pêcher à la senne… Oui ! Je sais ! C’est interdit ! Qu’est-ce-que tu veux : on est Quiberonnais ! On a cela dans le sang : c’est comme cela ! Maintenant on ne peut plus pêcher à la senne. Il y a tant de malfaisants comme toi qui s’empresseraient d’aller raconter cela aux brassé-carré…

Trio de Brassé-carré à bord de l'Incomprise

Si, je me souviens bien, il y avait même un brassé-carré qui nous donnait un coup de main à l’époque pour tirer sur une des funes…

Adoncques, déçu, j’ai aussitôt contesté la présence de ces korrigans. Tu sais, çà m’aurait bien intéressé de voir à quoi çà ressemblait. A toi peut être ? Seulement, quelqu’un m’a aussitôt raconté qu’il y avait aussi un siffleur de la nuit du côté du Parco.

Là c’était bien plus inquiétant : Un siffleur ! Rien que çà ! Parce que çà, c’est dangereux : un de ces êtres issus des enfers qui viennent de temps à autres ramasser une âme qui passe après l’avoir piégée. Je me suis méfié ! On ne sait jamais ! Avec le Malin, il faut négocier fin, tel Saint Cado qui fait construire un pont dans la ria en échange d’un chat… Plus tard on m’a même dit que c’était le Budgul du Parco : çà c’était une information ! Parce que là c’était dangereux. Il y avait tant d’histoires qui courraient sur son compte depuis tant de siècles…

Là, au Parco, je suis passé en reconnaissance de jour. Cela plusieurs fois, dans tous les sens, à bicyclette pour mieux fuir en cas de danger et observer de loin. J’avais même emporté mon meilleur lance-pierre et des billes d’acier. On ne sait jamais. Je n’ai rien vu. Rien entendu, si ce n’est qu’une voiture qui passait sur la grand’route.
Dubitatif, et têtu, j’ai attendu le crépuscule, pour regarder : rien ! Décevant cela !... Puis, quelques temps après, je suis même revenu par la côte. J’ai longé la grève de Port Haliguen au Rohu en passant par le Yorc’h leur, et Port Bago pour rejoindre mon père, mon cousin, et Jules qui pêchaient à la « battude » à Karrig er ouarc’h.. Toi, « Sailman » qui connaît bien la mer et notre côte puisque tu en revendiques la propriété exclusive, tu dois savoir ce que c’est que la pêche « à la battude » et les lieux dont je t’entretiens ?

Il faisait très beau, la mer était d’huile, un peu phosphorescente en cette nuit de fin de printemps… La lune se levait du côté de Sarzeau. Son reflet courrait les flots calmes de la Baie. Pas beaucoup de bruit, si ce n’est l’éclatement régulier de vaguelettes sur la grève…
J’ai longé le chemin qui allait du Valdeuil vers Karrig er ouarc’h. Ca m’amenait à longer le Parco : là ça devenait vraiment critique… Je n’étais vraiment pas tranquille ! Je naviguais en pleine zone inconnue, dangereuse… Tout était possible : le Siffleur de la nuit ou pire peut être ? C’est que dans des temps anciens, certains avaient rencontré un drôle de bonhomme qui sous prétexte de garder les vaches, avait la mauvaise habitude d’emmener les jeunes gens à la côte pour les noyer. C’était le Budgul du Parco, un être maléfique, venu des enfers, chargé par le Malin de ramasser les âmes au petit matin. Et quand, il le faisait, on ne retrouvait qu’un corps mangé par les crabes dans les goëmons.. C’était vraiment dangereux, cette affaire….

Dans la petite crique de Karrig er Ouar’h, le filet réembarqué, chargé de beaux mulets, de maigres, de bars et de pageots, nous avait bien occupé pour le parer pour le mouillage suivant.
J’avais été chargé de ramener dans un sac de jute, trois gros pageots pour mon grand père. J’avais eu la permission de minuit, et je m’en suis retourné à Port Haliguen avec mon sac sur le dos par le même chemin.
Il faisait beau, la nuit était douce, Séléné éclairait généreusement les plages de sable qui étincelaient sous sa lumière. Au loin, la Teignouse balayait l’horizon régulièrement de ses éclats rouges. A droite, un ou deux feux, et le phare signalaient Port Haliguen. Pas de bruit… De temps en temps, un poisson faisait du clapotis de plongeon sur l’eau.. Il faut dire qu’à l’époque, il y avait vraiment du poisson dans la Baie… Et pas qu’un peu !
Passant sur la grève au niveau du Parco, j’ai à nouveau ressenti une certaine inquiétude : on m’avait même précisé que lorsque des flammes bleues apparaissaient dans l’air –des feux-follets- c’est que le Budgul du Parco était dehors… Et dans ces cas là, il fallait filer sans le regarder, car aussitôt, il s’approchait et entamait une conversation qui pouvait être mortelle si on ne répondait pas correctement.

Point de feux-follets, par contre des bruits : une chouette en vol… Une chouette aux plumes claires, blanchies par la lumière de la Lune…. Là, je m’inquiète : Une chouette-effraie ? Alors si elle est en vol, c’est qu’elle m’a repéré et que le Budgul va rappliquer ? Cap sur Port Haliguen, et vite…. Horreur, il y a des ombres partout, dont une qui me suit !... Ah ? Mais c’est mon ombre ! Calmons-nous ! Il ne s’est rien passé ! On m’a encore raconté des histoires !
Mais ? Et si c’était vrai ? Après tout, ceux qui ont rencontré ce sale type, ne sont-ils pas revenus ?

Les Lavandières de la nuit...

Puis plus loin, du côté du Poul Douar, là aussi, il y avait dit-on quelques risques : des Lavandières de la nuit dit-on… Ce n’était pas la bonne époque de l’année. Sais-tu ce que sont les lavandières de la nuit ? Ce sont des jeunes femmes, maudites à jamais, qui sont condamnées à laver leur linceul jusqu’au Jugement dernier. Le jour de Samain, elles guettent en cette nuit magique le mécréant qui n’a pas su rendre les honneurs dus aux défunts….Mécréant ? Je ne me sentais donc pas concerné...

« Sailman », ça te fait peut-être ricaner ce rappel de certaines choses des temps anciens ? Tu dois être un de ces duchentils aux idées délétères qui prennent de haut l’indigène… Tu as tort ! Ici dans notre pays, ce sont des choses auxquelles il convient de réfléchir… Tu sais, c’est comme les intersignes par ici… Il faut savoir les lire …On en fait grand cas. Car lorsque l’intersigne t’est délivré, tu as tout intérêt à mettre tes affaires en ordre…

Ah , « Sailman » ! « cher ami », merci de me rappeler, l’existence des Korrigans, du Siffleur de la nuit, du Budgul du Parco , des Lavandières de la nuit et des Trolls qui ne sont pas d’ici… Cela me rajeunit ! Seulement voilà, je n’ai plus dix ans….
Cependant, je garde à portée de main un solide penn baz au cas où je rencontrerais le troll du coin…


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