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Quiberon : un "golden good-bye" ?

mercredi 5 mai 2010 par Patrick LUCO

Ce matin, à la suite d’une information relative à l’élaboration du futur plan d’urbanisme de notre bonne ville de Quiberon, je me suis rendu sans grand plaisir à la mairie pour prendre connaissance de ce qui allait être mis à l’étude.

Deux panneaux résumaient la procédure d’élaboration du futur PLU. Très "intéressants" certes, mais très succincts. Ce qui fait qu’en repartant de ces lieux, je n’ai pu m’empêcher de m’interroger sur le sens de tout cela.

Sans attendre l’étude puis la publication du SCOT du Pays d’Auray, la municipalité se lance depuis quelques temps dans l’étude puis la publication du Plan Local d’Urbanisme (PLU) nécessaire à la conservation de l’existant, et du développement harmonieux de Quiberon.

Sans entrer dans une polémique digne d’un roman ou d’un film engagé des années 1970 sur les relations réelles ou supposées entre les "promoteurs" de ceci ou de cela et les politiques locaux, il convient toutefois de s’intéresser aux choix effectués et sensés faits en notre nom. C’est un devoir, et aussi un droit de tout citoyen que de contrôler ce que fait, ou ne fait pas, une équipe désignée par élection. Même si cette élection fut particulièrement très restrictive.
En démocratie, on dirige par le Peuple. Et en régime de république, tout relève de la « chose » publique… S’il est évident qu’il y a un contrat passé entre le Peuple et une équipe municipale le jour des élections, il est tout aussi évident que les choix doivent être en harmonie avec les besoins de la Cité. C’est une nécessité philosophique car c’est un des éléments nécessaires à l’harmonie d’une collectivité et par conséquent de la Nation.

Il convient alors de s’interroger objectivement sur les dispositions prises ou envisagées ; De se questionner sur les conséquences globales, à court, moyen et long terme des choix -si choix factuels il y a- sur l’évolution positive ou négative de notre collectivité.
A partir du moment que telle ou telle faction tire profit de tel ou tel choix, ce n’est plus pareil : on rentre dans un tout autre cadre... C’est d’ailleurs actuellement un problème majeur puisque les lobbies, du fait de leur entrisme, se substituent au pouvoir du peuple.

Il faut rester très prudent dans les orientations choisies, car dans le passé des choix ont eu des conséquences heureuses : je pense par exemple à ceux des équipes Chanard, Rio, Golvan, d’autres par contre ont eu des conséquences très malheureuses voire négatives ( délaissement de Port Haliguen, les campings amodiés, les paysages dégradés, etc...).

L’épisode du SCOT a été révélateur de bien des dérives propres à la politique des collectivités locales depuis l’édiction et de la promulgation des lois Deferre de 1983. Le rôle fédérateur et objectif de l’Etat est occulté...

Nous avons tous la chance d’avoir hérité de nos ancêtres un très beau pays : la Bretagne, et en Bretagne, le Pays d’Auray - l’ancien "Pon Belz" ou Pagus Belz. Il suffit de lire le "Pouillé du diocèse de Vannes » de l’Abbé Luco pour se rendre compte de la richesse de notre Pays d’Auray, et plus particulièrement de Quiberon. C’est le Pays des Vénètes...

C’est aussi un pays très convoité. Tout le monde veut venir y vivre. C’est à un tel point que l’on assiste depuis une trentaine d’années à une substitution de population. Ceux qui chassés de France par des populations migratrices elles-mêmes chassées par la misère tropicale, viennent ici pour s’installer et y finir leurs jours.

L’avenir local de nos jeunes autochtones en est même affecté : ces derniers en arrivent à quitter la terre de leurs aïeux sous la pression économique (absence de travail rémunérateur) ou fiscale (syndrome de Ré)…

Tout le monde veut aussi y faire des profits. Mais quelles sortes de profits ? S’agit-il de tirer profit de cette situation de vieux pays maritime en y développant les activités maritimes liées à cette situation : pêche, commerce, plaisance, nautisme, tourisme de qualité et par conséquent les activités connexes… Ou s’agit-il d’une industrialisation du tourisme type « Costa Brava » avec des capitaux d’origine douteuse ou improbables utilisés par des « raiders » qui massacreraient alors notre patrimoine avant de repartir ailleurs pour recommencer en ne nous laissant que désolation et malheur ?

Notre pays d’Auray est très convoité à cause de sa richesse intrinsèque : le paysage... Les paysages des rias, ceux des iles et particulièrement de notre presqu’ile aux deux communes, de nos vertes campagnes aux prairies entourées de haies, de notre climat si changeant et si agréable...

Le SCOT était une occasion très objective de pouvoir mettre en place, un plan de protection de l’existant pour un développement durable en dehors de toute anarchie, voire d’évacuer des convoitises grâce à une convergence positive de points de vue. Tout cela en tenant compte de dispositions prises par le législateur lors des rédactions respectives des lois « Solidarité et renouvellement urbain », de la loi « Littoral et rivages lacustres », de la loi sur le paysage, de la directive Natura 2000, des lois DALO et ENL ; tout en reprenant le schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux en Bretagne. Un tel projet est extrêmement important pour notre bien-être ! Cependant il a été saboté….

Hélas ! Trois fois Hélas ! il n’en fut rien ! La montagne a accouché une souris !.. "Ils" s’y sont mis à cinquante pour ne rien sortir ! Et cela sous la coupe de bureaux d’études payés pour fédérer les velléités, les insuffisances ou "suffisantes" des uns et des autres... Ce qui a permis d’accoucher d’un document administratif qui a finalement été récusé à l’automne 2009 par le préfet. La copie est à refaire ! Avec un délai d’exécution de deux ans...

Pendant cela, les communautés de communes de Lorient, et de Vannes, ont publié leurs SCOT respectifs, ce qui autorise l’étude puis la publication des PLU correspondants ainsi que la loi PLU/SRU le prévoit pour le "renouvellement urbain".

Cette précipitation pour publier des PLU antérieurement au SCOT est d’évidence pour le moins regrettable ! Cette mode d’anticiper les PLU en dérogeant à cet ordre prévu a été ouverte par certaine commune voisine pour pouvoir localement, en dehors de tout schéma directeur, récupérer des zones plus ou moins protégées pour pouvoir les urbaniser : par exemple en comblant des zones humides…. Car une fois le SCOT publié, ce serait fini pour au moins 30 années, sinon 50 !... Le cadre règlementaire serait tel, qu’il serait très difficile de faire ce qu’il fut fait.

Cependant, le corollaire de ce retard prolongé du SCOT du Pays d’Auray a aussi pour conséquence, un début de phagocytation du Pays d’Auray : Le Pays de Vannes, "lorgne" sur l’ouest du Pays d’Auray, tandis que le Pays de Lorient "lorgne" sur l’est du même Pays. Cela sous prétexte de cohérence ! Il faut dire que ces deux pays sont menés par deux "poids-lourds" (pas des scaphandriers !) alors que nous n’avons pas de "leader" par ici, si ce n’est une nébuleuse de caciques locaux. Je ne pense pas du tout que l’on puisse piloter le pays d’Auray tout en étant à Levallois-Perret ! L’époque de Christian Bonnet, de Golvan, ou de Rio est malheureusement révolue...

Ce Pays d’Auray risque l’éclatement tant il est tiraillé par des intérêts contradictoires. Il est même question dans la réforme territoriale en cours de préparation de le couper au moins en deux entités territoriales : Une communauté de territoires dans la "Grande Terre", et une autre communauté de territoires : "les iles". A la tête de ces deux communautés issues de l’ancien canton de Quiberon, il y aurait des "Conseillers territoriaux" désignés par un mode de suffrage non encore précisé. Le but semble-t-il est de "caser" des caciques locaux. Une sorte de « récompense » en quelque sorte !...
La cohérence de l’ensemble territorial issu de la pensée politique de Napoléon est alors détruite. Il convient de remarquer que pour nous, cela vient de très loin dans le temps. Cette organisation territoriale issue de l’époque gallo-romaine voire du « Sénat des Vénètes », le "Civitas venetensis" et reprise par l’Eglise dans son organisation diocésaine du "de Venetenis", ou encore le "Bro Waroch" avait peu évolué au fil des siècles jusqu’à aujourd’hui. Pour quelle cohérence et quel bénéfice ? Quiberon se retrouverait avec Houat, Hoedic, et Belle-ile. Dans ce cas il y aurait des graves conséquences : j’en vois déjà une : l’approvisionnement en eau douce…. J’en vois encore une autre : le traitement des déchets….Les ressources viendront du pays d’à côté !

Ce SCOT est à faire impérativement ! Lorsqu’on circule dans le Pays d’Auray, on peut se rendre compte de son orientation et de son évolution actuels, et aussi des conséquences correspondantes.

On voit bien qu’il y a une « industrialisation « du paysage. Le paysage champêtre si typique du pays breton se dégrade de jour en jour. Il se banalise. Des routes « aux normes » desservant des zones pavillonnaires typiques, sorte de HLM « à plat » dévoreuses d’espace et de paysage…. Des ZAC toutes identiques desservies par des ronds-points paysagés « aux normes » (2% de la valeur pour les primes !).

Par exemple, les aménagements routiers en cours avec la refonte de l’énorme carrefour de Toul Garros à Auray/Crac’h débouchant sur un début de voie express en cours de préparation et d’aménagement montrent l’évidence de dispositions qui auront des conséquences sur notre vie courante.

Quand on examine le schéma routier de cette partie du Pays d’Auray et des flux correspondants, on voit bien qu’il constitue une sorte de croix centrée grosso modo sur Plouharnel. Les branches de cette croix alimentent Quiberon au sud, Carnac-La trinité au sud-est, Erdeven-Belz-Etel à l’ouest. En fait grosso modo aussi, l’ancienne desserte du petit chemin de fer d’intérêt local de la fin du XIXème siècle. La branche nord-sud étant constituée par la ligne Auray-Quiberon construite par la Compagnie Paris-Orléans en 1880-82. Cet aménagement est sans doute préparatoire à l’interconnexion de l’ex RN 165 avec la future voie de contournement d’Auray. Il deviendra d’ailleurs plus difficile d’accèder par exemple à la gare d’Auray pour se rendre à Paris sachant que cette gare ne sera peut être plus à moyen terme un arrêt TGV et qu’il faudra alors au pire aller à Vannes prendre le train, voire à long terme le prendre ou descendre dans une gare intermédiaire construite par exemple à Plougoumelen….

Cependant, il convient maintenant de constater l’étranglement de Quiberon par Plouharnel, qui tel un collet, coupe maintenant la respiration économique de Quiberon, tout en déroutant les flux routiers vers Carnac-La Trinité. Tout cela pour des raisons de concurrence politique dont nous faisons les frais. De fait, concept de la communauté de communes de la Baie de Quiberon est à terre…. Les flux étant ralentis à notre détriment par une succession d’aménagements routiers : ralentisseurs, ronds points, étranglements, limitations diverses, beaucoup de personnes évitent de se rendre chez nous parce qu’il faut au mieux 50 minutes pour faire la route Auray-Quiberon et 2 heures au pire. S’il s’agit de rester coincé dans un embouteillage pour 4 heures au total au pire pour passer 4 heures de loisir ici, alors ces personnes préfèrent détourner leur chemin… Au point de vue réputation touristique, il y a mieux à faire !...
La situation empire tant les intérêts sont contradictoires. Par exemple, les personnes qui se servent de véhicules pour aller et venir pour se rendre à leur travail à l’extérieur de la presqu’ile sont très gênées par les dispositions prises dans la commune d’à côté pour tenir compte des avis des résidents qui eux ne travaillant pas à l’extérieur, ou plus : tout est bon pour ralentir voire empêcher la circulation routière normale… Tout en envisageant de nouveaux aménagements routiers dans un espace qu’il faudrait modifier de manière considérable voire coûteuse économiquement. Je pense à la fameuse 4 voies réclamée par certains entre Plouharnel et Quiberon. Ou encore à cette étude de l’élargissement de l’isthme qui ferait alors perdre sont caractère intrinsèque à notre presqu’ile. Et après ? Où construire cette 4 voies ? Et après encore, que fait-on des véhicules qui arrivent à Quiberon ? On les empile dans les jardins, On en fait des blocs avec une presse pour les Chinois ?..

Plus raisonnablement, pour compenser cette restriction des flux routiers, nous avons une ligne de chemin de fer sous utilisée. Ce qui est dommage. Cette ligne que l’on a conservée grâce à la prévoyance de la municipalité Desmas, est à réaménager, à électrifier pour permettre notre desserte par TGV à partir de Paris, et à partir d’Auray par des sortes de TER. Le profil de voie est à revoir pour raccourcir le temps de transit par augmentation de la vitesse. Dans quelques années, les couts de transport routier aidant, nous serons très heureux d’avoir une telle ligne. Corrélativement, j’estime qu’il serait stupide de fermer l’actuelle gare ferroviaire située dans un endroit idéal, proche du Bourg, au barycentre des points d’intérêt à desservir pour la déplacer vers le Parco (2 km de plus). Tout cela pour faire une ZAC en pleine ville pour favoriser l’implantation d’un super marché alors que nous en avons déjà assez comme cela et alors que le commerce local se porte mal. S’agit-il de privilégier des multinationales aux actionnaires lointains au détriment du petit commerce local servi par des gens du pays ?. J’espère que le bon sens prévaudra !...

Nous sommes aussi et d’abord dans un pays maritime, c’est un fait.
Qui dit pays maritime, dit marins, et bateaux. Et par conséquent des ports. Nous en avons deux très bien placés géographiquement.
Cependant nous avons perdu la main mise sur nos ports. Port Haliguen par exemple, où la municipalité de Quiberon était maître d’ouvrage pour son développement initial jusqu’en 1989. Les documents relatifs à ce développement démontrent explicitement à partir de 1960 un projet d’envergure destiné à donner du travail qualifié aux Quiberonnais. Ce projet consistait primitivement à constituer un « cluster nautique » tel que ceux prônés urbi et orbi par le président du Conseil général actuel pour La Trinité et Le Crouesty…
Les réserves foncières portuaires dévolues à cet effet ont été totalement obérées par un coureur cycliste très connu dont l’épouse était promoteur immobilier et devenu pour l’occasion membre du conseil municipal. : ce qui avait entraîné une ou des démissions à l’époque. Depuis, tout l’environnement technique prévu est parti ailleurs : Auray , Lorient, La Trinité etc… Nous avons perdu beaucoup.
L’organisme actuel, gestionnaire de cet ensemble retire depuis longtemps un EBE énorme de nos installations et nous lâche une poignée de figues de temps à autre quand la pression monte. C’est à un tel point que l’organisme en question envisage maintenant de financer un énorme projet (on dit de 40 à 45 millions d’euros) à la Trinité sur le domaine public maritime !... Merçi les Quiberonnais ? Comptablement, notre port serait une dépendance de celui de la Trinité, en tant que port de décharge… Cela est par conséquent à reconsidérer en notre faveur. De toutes manières, il ne faut pas conserver un tel facteur de déstructuration de la société locale tant qu’il joue les uns contre les autres….

Nous sommes dans un pays touristique : Qui dit tourisme, dit hôtellerie, thalassothérapie, camping…
Pour le camping, nous avions des terrains de camping municipaux : à Conguel, au Bois d’amour , au Goulvars… L’EBE de ces campings rentrait directement dans nos caisses permettant alors des financements divers à notre profit. Les deux premiers campings cités ont été initialement amodiés en 1989 pour une durée de 25 ans. Cette amodiation doit cesser et l’exploitation remise en régie municipale. Ce sont des zones dévolues au camping temporaires, et qui doivent le rester. Il ne faut pas modifier le zonage correspondant pour y bâtir des hôtels par exemple… A l’issue, ces terrains de camping doivent être réutilisés en terrain temporaire pour campeur temporaire. Donc sans mobilhomes-berniques qui gâchent un superbe paysage. Les constructions en dur doivent être détruites et le terrain remis en état. On ne conserverait qu’un petit bâtiment pour la gestion locale du camping et des sanitaires masqués pour protéger le paysage. Le paysage de Conguel est un bien collectif nécessaire à l’attractivité de Quiberon, comme la « Côte sauvage »… C’est un inducteur de profit pour l’avenir lorsqu’on recherchera des paysages presque intacts.

Maintenant ce PLU est mis en étude. Il convient donc de s’interroger sur ce que nous voulons faire de notre patrimoine. Sur son orientation :
-  veut-on faire une sorte de « cimetière » ?...
-  veut-on faire une communauté commune harmonieuse, plaisante à vivre, dynamique où on vit bien, en paix ?
-  veut-on créer une sorte de « Marbella » avec ses travers ?

Alors ? Que faire ?


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