@Quiberon
De l’Art et des manières.

Quiberon : Art et aménageurs...

avis aux amateurs !...
lundi 25 octobre 2010 par Patrick LUCO

L’actualité toute récente est marquée par la disparition du maintenant regretté maire historique de Montpellier, Monsieur Georges Frèche, champion de la Septimanie, ancien député, président de région, etc.
Personnalité avec laquelle on ne pouvait pas toujours être d’accord mais qui avait l’immense mérite de ne laisser personne indifférent et d’ignorer la langue de bois ainsi que le politiquement correct...

Loin de l’image du trublion populiste que l’on lui attachait que trop facilement, Georges était un fin juriste spécialiste du droit romain et un intellectuel au sens non Attalien du terme. L’un des derniers exploits de Monsieur Frêche avait été de faire réaliser, en sa bonne ville de Montpellier, un carrefour orné de statues de grands hommes ayant -à son sens- marqués le XXème siècle.
L’arrivée de Mao, Lénine et consorts ne s’était pas faite sans heurts, c’est le moins que l’on puisse dire…

Ici aussi, à Quiberon, nous avons un maire, qui avec ses principaux sbires se toque de sculpture. Ses multiples mandats auront permis un véritable peuplement des rues de Quiberon.

Il y avait certes les grands anciens : à savoir la statue du général Hoche qui, depuis 1902, rappelle aux Quiberonnais que la République n’a pas toujours tenu sa parole et que les plages de Quiberon en été n’ont pas toujours été synonyme de vacances et de bonheurs en famille. Hoche, le "pacificateur" de la République...
C’est comme si on avait élevé une statue à Lammerding à Oradour-sur-Glane...
Une des meilleures réalisations de la municipalité Hérault aura été de reléguer la statue de Jules Dalou dans les jardins du Varques après l’avoir fait traiter à l’acide pour blanchir Lazare. On a oublié de faire pousser du lierre dessus, et c’est bien dommage… Les goélands quiberonnais -quant à eux !- ont toutefois le souvenir de ses mérites en venant caguer dessus...

Une autre réalisation d’envergure, due cette fois-ci à notre bon maire parce qu’il n’a pas pu refuser comme il en avait le désir initial aura été l’installation des très belles statues de Klingbeil à Port Haliguen en mai 1998 "L’Ondine", aux traits fort peu bretons, exhibe sa nudité devant un pêcheur qui, de par son accoutrement, se rencontrerait davantage en Poméranie qu’en Bretagne bien que son visage serait inspiré de celui d’une figure locale. Certes, au début, l’élu local n’avait pas fait preuve d’un grand enthousiasme pour accueillir ces statues (bien qu’il se soit agit d’un cadeau de l’artiste, attaché de longue date à Port Haliguen). Malgré le souhait de Monsieur Klingbeil, les autorités locales, à l’époque, avaient trainé des pieds au sujet du lieu d’installation, à l’extrémité des quais du vieux port : l’Ondine et son admirateur auraient en effet été jugés "trop bien" pour Port Haliguen et ses manants ! Je me souviens encore de la conversation que l’avais eue alors avec le maire de l’époque. Je ne ferai pas de commentaires mais je conclurai en disant qu’après quelques remarques acerbes de quelques uns d’entre nous, anciens jeunes de Port Haliguen, L’édile de l’époque avait exécuté un repli tactique, ou plutôt fait volte-face, et s’était -pour l’occasion- rallié à notre point de vue. Attitude un tantinet opportuniste -il faut bien le dire !-car il y avait peut être encore une recherche d’appuis politiques auprès d’indigènes et un zeste de flagornerie pour une éventuelle campagne électorale...

Puis, une deuxième statue, symbole du dynamisme et des réalisations de l’équipe municipale actuelle avait été installée dans les jardins de la mairie. Il s’agit bien entendu de la petite vachette du Grand Bornand. J’avoue que son arrivée (j’habite en face) m’avait un peu surpris : il n’y a plus beaucoup de vrais bovidés à Quiberon en général et il n’y en a jamais eu de cette race-là en particulier(1) mais maintenant, je ne voudrais surtout pas la voir ruminer ailleurs. Elle fait partie de mon paysage en quelque sorte...

Un autre type d’œuvre d’art a également été promu par notre équipe de choc. Je n’y aurais pas pensé jusqu’à ce dimanche où j’ai reçu quelques photos "d’œuvres d’art" exposées à Paris, dans le jardin des Tuileries, dans le cadre de la FIAC (2). Mon lecteur s’en fera une idée en regardant la photo ci-contre. Cailloux de Conguel
Ah, bien sur ! Ce ne sont pas les multiples barrières anti-stationnement "genre gabion" de nos bien aimées édiles mais une œuvre d’art du plasticien et anthropologue américain Richard Nonas.

Authentiques Messieurs Jourdain de l’urbanisme, MM. Belz, Martin et Le Roux font donc du Richard Nonas (3) sans le savoir. Je ne regarderai plus jamais de la même manière les multiples défenses anti-voitures et anti-tank de la presqu’ile : c’est pourquoi je les ai inclues dans la liste des statues quiberonnaises.

Mais maintenant ? Un projet d’une nouvelle statue serait à l’étude à Port Maria. Le conseil municipal aurait ainsi donné son accord pour le lancement d’un appel d’offre généralisé bien que fort restreint à ce sujet (4). Le thème reste dépendant d’un appel d’offres à destination, si j’ai bien compris, d’artistes... Quiberon -commune richissime- se lance donc dans le mécénat...

D’où un présupposé permanent : quel thème imposer à l’heureux gagnant ?

Une œuvre classique comme la statue de l’Amiral de Cuverville à Toulon Amiral de Cuverville, Quai Cronstadt, surnommée facétieusement par les marins « l’Amiral de Viverlo » … Il n’y a pas de navigateur célèbre à Quiberon (mon grand ancien, Eric Tabarly n’y fit que des escales rapides à... Port Haliguen), si ce n’est le souvenir de l’existence d’un passé maritime de nombreux marins forts réputés eux aussi, mais très discrets…

Un aviateur ? Joseph Le Brix s’y prêterait mais il a déjà sa rue au Stango et certains n’aiment pas les avions car ça fait du bruit et l’aventure car ça dérange !

Un "politique" ? Personne ne se souvient plus des traits d’Antoine Chanard, Alphonse Rio est -hélas- sorti des mémoires et Jacques Chirac, un temps visiteur assidu de Quiberon, est toujours de ce monde (5).

Le duc de Penthièvre, en ce XXIème siècle serait anachronique. Il reste bien la duchesse Anne, une valeur sure dans notre patrie- la Bretagne- mais qui n’a jamais vraiment fréquenté Quiberon.

De toute manière les statues d’hommes politiques peuvent parfois refléter de façon cruelle une époque ou encore un programme politique. Dans le cadre de Quiberon, je pense toutes proportions gardées à la statue d’Alexandre III par Pavel Trubezkoi

qui représente bien l’immobilisme du règne de l’avant dernier Tsar de toutes les Russies...

Un écrivain ? Henri Céard a laissé un souvenir indélébile par son « Terrains à vendre... » et son âne qu’il nommait "Morbihan" !
Anatole France ? La description des pingouins a été vite oubliée et ce pauvre Anatole aussi ! Même si on lui refait à grands frais son boulevard .... Daudet ? Les hordes avinées de la « Petite paroisse » et poussées à coup d’avirons dans le port Haliguen par une patronne d’estaminet a laissé un souvenir impérissable !

Le capitaine Dreyfus ? Il a « été débarqué » à... Port Haliguen !

Il reste bien le normand Gürki, mais ce personnage historique et massacreur a été oublié, et on n’a pas sa photo…

Quoi donc alors ? Une œuvre figurative au personnage fictif, comme par exemple, une statue équestre en bronze, sur une cavale tourmentée, brandissant vers le Grand Large un glaive impérial menaçant les iles d’en face ?

Ah !, Mais si ! Il y a encore le précédent du monument à marée de Robert Hérault qui à l’instar de son promoteur, se bloqua sur « marée basse » quasiment le jour de son inauguration et est depuis pudiquement caché par des rangs de roseaux.

Pour ne fâcher personne, je me permets de suggérer une idée qui rappellera le passé glorieux de Port Maria, ancien ex-premier port sardinier de France et qui fera pendant à la vachette du Grand Bornant : une sardine géante !

Ou encore, pourquoi pas, puisque lorsqu’un personnage politique en fin de course se met à ériger des statues, un grand bras d’honneur en bronze, monté sur un grand piédestal en béton offert par une major du BTP locale (attention à la guelte !) , et comportant une plaque de bronze coulée avec le métal des canons de l’Ardent incendié là, tout à côté, et comportant :

"Au grand leader éclairé, les Quiberonnais reconnaissants..."

(1) C’étaient en effet des petites vaches bretonnes, avec les cornes en lyres et un mauvais caractère revendiqué qui font maintenant les joies des écomusées et de conservatoires ad hoc. Elles poursuivaient les duchentils sur la falaise...
La vache du Grand Bornant a plus une tête à passer des étés paisibles à 2000 mètres d’altitude et à meugler avec un accent savoyard ou suisse...

(2) Laissons parler wikipedia : « La Foire Internationale d’Art Contemporain ou FIAC se déroule chaque année au mois d’octobre à Paris. Pendant plusieurs jours, cette manifestation artistique et commerciale constitue un moment de fortes synergies pour les acteurs de la scène culturelle parisienne qui développent une riche programmation d’événements. La FIAC 2010 rassemblera environ 200 galeries d’art moderne et d’art contemporain. Un ensemble de sculptures monumentales et d’installations d’œuvres contemporaines est également exposée dans le Jardin des Tuileries. Conjuguant installations, sculptures, performances ou œuvres sonores, les œuvres, en interaction avec le public, prennent corps entre les allées, les bassins et les pelouses du jardin ».

(3) "Connaissance des arts" dixit : « Né en 1936, Richard Nonas fut d’abord anthropologue, avant de se consacrer à la sculpture. Fortement marqué par le vocabulaire formel de l’art minimal, il conçoit ses œuvres comme des figures archaïques qui activent l’espace dans lequel elles se trouvent. Avec la volonté de générer un sentiment de transcendance et de sublime, l’artiste américain investit les espaces du musée avec de nouvelles créations. »

(4) http://www.mairie-quiberon.eu/upload/banque-image/actus/marchespublics/MAPA_implantation_oeuvre_dart_quai_belle_ile.pdf
L’enveloppe budgétaire du chef d’œuvre serait de 15.000 € à 30.000 €, l’équipe municipale, avec le bon goût urbanistique qu’on lui connait, devant arbitrer entre les différents projets soumissionnaires. Il est à signaler que le Conseil général du Morbihan subventionnera à hauteur de 50% d’un plafond de 15.200 €.

(5) Où je lui souhaite de rester encore de longues années.


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