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Quiberon : A propos de Porrigo...

lundi 14 mars 2011 par Patrick LUCO

Cette ancienne carte postale de Porrigo, est en elle-même un résumé du mode de vie quiberonnais de l’ancien temps.

Je l’avais regardée assez distraitement… Trop peut être ! Car la sauvegarde de notre belle plage me préoccupait autant que beaucoup de mes contemporains…

Cette vue en noir et blanc d’un temps maintenant bien lointain a été prise avant la date du timbre postal (1910).

Cette photographie très bien composée montre outre un panorama pittoresque, une activité familière.
Deux dames -peut être nos arrières grand-mères !- en train de peiner durement au « doued » de Porrigo. La brouette pleine de linge attend derrière elles. Elles sont penchées sur les pierres pour laver, ou rincer leur lourdes pièces de tissu blanc. Peut être s’agit-il de lin. En ces temps là, on filait encore et tissait aussi par ici du lin cultivé dans les alentours. Dans certaines familles il y avait encore des métiers à tisser. J’ai personnellement vu dans les années 1950 un de ces anciens métiers à tisser, ici dans une maison de Port Haliguen avec lesquels, l’hiver, les femmes tissaient des toiles qui servaient à la confection de voiles, de sacs, de vareuses ou de pantalons. Le tissu était très serré, costaud. Les pantalons ainsi confectionnés, une fois mouillés par l’eau de mer tenaient debout tout seul !...

Sans nul doute, il fait beau… Le reflet du ciel sur la surface du doued en témoigne. Sur la surface de l’eau, l’ombre portée par la vache transparait en avant du deuxième personnage. Cette vache, probablement intriguée par le photographe que l’on imagine derrière sa chambre faisant sa mise au point sous son tissu noir, est en arrêt derrière la fontaine. C’est une pie noire, petite vache d’ici, aux cornes en forme de lyre, assez rustique au point de se contenter des herbes de la falaise. A qui pouvait-elle donc appartenir ? Car à Port Haliguen, il n’y avait pas tant que cela d’étables ...

Ces lieux n’étaient pas urbanisés... On peut imaginer le parfum qu’exhalent les plantes et fleurs de falaise... Probablement que haut dans le ciel des alouettes s’égosillent longuement à la verticale de leur nid, tandis que les cris des mouettes ponctuent leur phrasé...

Connaissant cette fontaine alimentée par les eaux de surface du bassin versant entre le Roc’h Priol, Port Haliguen, et Conguel, je peux penser que c’est au printemps que cette vue a été prise. En effet, en été cette fontaine est asséchée. Et puis, les femmes mettaient à profit la présence d’une eau plutôt courante de ces fontaines, et des ajoncs voisins de la falaise pour laver et sécher au soleil les lourdes pièces de lin après l’hiver…

Nos deux lavandières avaient emmené avec elles le jeune enfant en blouse, à la mode d’alors… Ce jeune enfant, assis sagement derrière-elles, observe on ne sait quoi d’intéressant surement ? La grève ? La mer où manœuvre un de ces nombreux voiliers de travail qui fréquentaient Port Haliguen ? Une belle goélette mettant à la voile pour faire route vers le Pays de Galles ? L’escadre qui évolue ? Qu’est-il devenu cet enfant ? Peut-être que certains d’entre nous l’ont croisé alors qu’il était devenu bien vieux ?

La fontaine en arrière des bassins du doued est de construction ancienne, cela se voit à la facture de la maçonnerie. Cette fontaine est répertoriée sur les anciennes cartes en tant qu’aiguade à l’usage des bâtiments fréquentant ces lieux.

La dune, « la « falaise », aux contours irréguliers envahit la plage sur les avancées et arrêtes rocheuses, à moins que ce ne soit l’inverse ! Ces irrégularités géologiques ont été enlevées depuis par les services municipaux au nom du rationalisme touristique.

Ces deux dames, au cours d’un travail certainement exténuant, aux fichus de toile, aux sarraus noirs, parlent certainement entre elles le breton vannetais avec ces intonations si caractéristiques de ce breton de Quiberon, maintenant disparu, que certains d’entre nous ont encore dans l’oreille…

De quoi donc pouvaient-elles parler ? Du dernier prône du curé de l’époque ? Celui qui faisait tourner en bourrique le maire radical-socialiste de Quiberon ? Des dernières mésaventures d’équipages quiberonnais partis commercer au loin ? De jeunes Quiberonnais de l’époque faisant campagne en mer de Chine à bord d’un de nos croiseurs ? Ou tout simplement de la récolte à venir dans un de ces nombreux champs de blé, de pommes de terre, voire de lin dans les alentours de Port Haliguen ?

Derrière, il y a un mât, probablement un mât à signaux pour la Flotte selon les pratiques des timoniers de l’époque. Puis, la stèle commémorative que l’on connait encore...

Au fond, le Fort neuf, maintenant détruit, avec ses casernements et zones techniques construits par l’Armée sur le glacis du fort. En ces temps là, ces ouvrages étaient maintenus en bon état. En effet, l’affaire de Fachoda, ou l’incident de Tanger étaient encore dans les mémoires… Par la suite, ces aménagements militaires de la pointe de Ruberen, allaient être encore utilisés par l’Aviation militaire quand le pays allait encore être confronté à un de ces malheurs qui jalonnent périodiquement notre longue histoire. Ces constructions détruites depuis, remplaçaient un bâtiment du style des immeubles militaires du temps de Louis XIV. Une gravure de l’Album Vendéen en témoigne. Cette caserne a été détruite lors de la descente des troupes de Saint-Clair en 1746...

Sous ces dunes, arasées, ou remblayées depuis les années 1950, il reste certainement quelques éléments de ces ouvrages anciens que dans beaucoup d’endroits de France on aurait eu à cœur de remettre en état !

Pas si loin, par exemple, ici à Kerfeunteun Yann, là-bas à Plouharnel, plus loin à Belz, d’aucuns ont travaillé durement pour remettre en état ce patrimoine qui fait le charme de ce pays…

Ici ? On bétonne !


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