@Quiberon

Port Haliguen : « L’Escadre »

lundi 11 juillet 2011 par Patrick LUCO

Ah ! La mythique « Escadre !... Sans laquelle Quiberon se morfondrait d’ennui… 100 ans après !

« Escadre » devenue légendaire ; objet aujourd’hui de panneaux d’information sur ce qu’il reste du riche passé de Quiberon. Serait-elle donc devenue un simple élément de distraction pour le passant. ? Fait-elle maintenant partie du « sac » de l’Office du tourisme de notre bonne ville ?

En effet, ces panneaux d’information présentent quelques beaux clichés de l’escadre et de ses activités.

Mais de quoi s’agit-il en fait ?

Une escadre est un groupe (très) organisé de navires de guerre placé sur le commandement d’un officier général de marine. C’est d’abord un outil militaire à finalités diplomatiques destiné non pas à amuser la galerie ou encore à distraire les « baigneurs » sur la plage, mais surtout à protéger et défendre les intérêts de la Nation.

Cela sert aussi à conquérir... L’affaire d’Alger l’avait démontré quelques dizaines d’années auparavant : Surtout à Sidi Ferruch !... Sous Charles X. La France, comme les autres Nations européennes, ou même les USA étant particulièrement lassée par les Barbaresques qui rançonnaient, pillaient ou capturaient des esclaves jusque sur nos côtes ici en Bretagne (Affaire de Salé,et Affaire de Tripoli).

En ces années de la III ème République, le contexte international est très agité. N’oublions pas que Fachoda n’est pas bien loin, que Tanger, c’est à côté, et que les « Pavillons-Noirs » ont encore des successeurs....
Le Kaiser s’agite beaucoup avec le Kronprinz qui malgré son bras invalide monte à cheval tandis que l’Amérique combat à Cuba malgré la doctrine Monroe…
La flotte du Tsar a été défaite à Tsushima par les Nippons lors d’un combat naval mené par des marins qui avaient fait la route depuis Cronstadt, charbonnant et se ravitaillant dans les points d’appui français de Dakar, du Congo, de Diégo Suarès..

Une escadre, en fait « l’Escadre », puisqu’il s’agit de celle que l’on voyait arriver à Quiberon, venant du large en ligne de file sous un gigantesque panache de fumées noires s’échappant de navires à vapeur filant leurs 15/20 nœuds, est d’abord une projection de force pour le compte de la Nation .

Ces navires embouquaient la Teignouse et chenalaient pour venir au mouillage devant Port Haliguen en s’aidant des voyants de Conguel.

En fait, la partie la plus tactique s’était déroulée auparavant au large lors d’évolutions sous le regard connaisseur de quelques navires de la Navy, postés par là comme par hasard comme à chaque fois qu’il se passe quelque chose d’intéressant…. Ou si possible devant quelques navires d’outre Rhin pour qu’ils aillent rendre compte à Willemshafen de ce qu’ils avaient vus ou cru voir ! C’était aussi une forme d’agitation maritime exécutée pour des fins de communication à l’usage diplomatique.

Vu de la côte, c’était sans nul doute un spectacle qui ne manquait pas de grandeur.

Après, au mouillage, c’était tout un va et vient d’embarcations de tous types : d’élégantes baleinières à bord desquelles il fallait prestement gambeyer au virement de bord, des chaloupes -armées ou non- aux nageurs réagissant à l’ « Arrach’ garçons ! » de leur patron !, des youyous agités, des « canott’ White », et de lourdes « barcasses » remorquées par des petits vapeurs quand ce n’étaient pas parfois des pinasses d’Arcachon aventureuses…

L’amiral rendait visite (de courtoisie) à terre aux autorités et à quelques connaissances en vue de certaines manœuvres qui allaient se dérouler dans nos eaux.…

Les sémaphores de la côte, plus nombreux qu’aujourd’hui, fleurissaient de différents pavillons, flammes et signaux, tandis que des mâts de pavillon provisoires étaient installés pour faciliter les manœuvres entre les bords et la terre.

Par exemple, sur l’ancienne batterie entre Port Haliguen et Porrigo, un grand mât de pavillon avait été érigé pour faciliter la communication avec les chefs du « corps deb’ » à terre lorsque des exercices biffins allaient se dérouler dans le cadre normal de l’entrainement des équipages !...

En plus, des exercices de tir étaient exécutés sur buts remorqués, ou sur des coques vouées à la démolition, quand ce n’étaient pas sur des rochers passés à la chaux dans les Béniguets pour que les télémétristes les distinguent bien sur l’horizon. Des tirs de torpilles étaient aussi effectués par les unités spécialisées comme les « Tromblon », « Stylet » et autres menus fretins.

C’était l’occasion pour les commandants d’entrainer les équipages à certaines réalités qui allaient être rencontrées quelques années plus tard, dans les Dardanelles, à Gallipoli, dans le canal d’Otrante, ou en Manche.

Parmi les photos présentées, il y en a certaines qui montrent le cuirassé Bouvet, éventré quelques années après, en mars 1915, par une mine turque et qui chavira devant Tchanak avant de couler en quelques secondes …

Il est poignant de savoir que beaucoup de ces marins souriants allaient disparaître en mer en quelques minutes… Parmi eux beaucoup de jeunes de par ici dont le Matelot K… de Quiberon.

Les corps de débarquement –le fameux corps deb’- allaient s’entraîner à attaquer, ou défendre le cas échéant « LE » point d’appui (**). En général, le sémaphore de Kernavest après la mise à terre à Port Haliguen si c’était la marée haute, ou plus tard à la « Cale des marins » construite par la Marine pour permettre la mise à terre des groupes de combat. Parfois c’était un moulin. Quiberon a l’époque n’était pas urbanisé. Ce qui permettait de manœuvrer aussi bien pour défendre qu’attaquer. On notera que ces points d’appui étaient le plus souvent les points « hauts » de la presqu’ile. La géographie de Quiberon était alors un condensé des profils tactiques que les marins allaient retrouver en réalité dans bien des endroits.

La tenue et l’équipement des équipages est intéressante en elle-même. Les officiers, en général des fusiliers brevetés, sabre au clair sont en tenue panachée (pantalons blancs et veston bleu), les équipages portent des treillis gris-bleus ou blancs en lin que certains d’entre nous ont connus jusqu’en 1973 !. Les buffleteries sont de couleur fauve , le fusil en dotation est un Chassepot, un Gras, un Kropatschek, ou encore un Lebel selon les époques ou les unités. Le revolver est à double effet, la baïonnette est à la ceinture dans son fourreau, le canon de 65 et son caisson sur roues métalliques sont remorqués par un attelage de 4 matelots.

C’est dire la visibilité et la discrétion d’une telle troupe… Et là, il ne s’agit que d’exercices…
On a là encore en mémoire le fameux dessin de Gervèse qui croque avec humour un tel groupe en route…

Aux Dardanelles, ce sera dramatique quand il faudra mettre à terre, ou récupérer des corps deb’ sous le feu des canons turcs.. La mise à terre se faisant alors à partir de passerelles confectionnées à l’aide de planches… Le matériel est très inadapté. Cette leçon sera mise à profit vingt ans plus tard avec des bateaux mieux étudiés...

Personnellement, j’apprécie de regarder de très près –Et avec une loupe ! - tout ces anciennes photographies. Non pas pour passer les bords en inspection avec l’œil averti d’un membre du sérail, mais encore pour me faire une idée de ce qu’étaient ces équipages de l’époque de nos grands parents.
Finalement, tous ces hommes : ces officiers, ces officiers mariniers, et ces marins ne sont pas si éloignés que cela de ceux que j’ai pu connaître par la suite. Je dirais même que ce sont presque les mêmes !...


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