@Quiberon

Que peut devenir Port Haliguen en 2019 ?

mercredi 30 juillet 2008

Tous les Quiberonnais de souche le savent : en 2019, le contrat signé entre Victor Golvan et la Sagemor (alors Satmor) prendra fin. En théorie, la mairie de Quiberon reprend le contrôle total des infrastructures portuaires et est libre d’en faire ce qu’elle jugera bon.

J’ai choisi ici d’examiner quelques hypothèses en les confrontant à des informations que j’ai pu glaner ici et la.

1- La régie municipale

Plusieurs ports français, à l’expiration de contrats de concessions similaires, ont choisi de gérer en direct l’administration de leurs infrastructures. Les résultats sont assez mitigés : le port de la Rochelle, doté d’une équipe de communication agressive et qui se targue d’être le plus grand port de plaisance d’Europe semble avoir eu quelques démêlés avec la cour régionale des comptes de Poitou Charente. A l’inverse, Port Camargue, Bonifacio ou La Turballe ne semblent pas si mal s’en sortir.

La forme juridique utilisée est celle de la régie autonome.
L’avantage est que les bénéfices atterrissent directement dans les caisses municipales.
L’inconvénient est que les pertes en sortent également directement, ce qui n’est pas sans influence sur la fiscalité locale.

Un autre problème se pose à savoir l’émergence d’une équipe capable de mêler gestion de père de famille et vision prospective.
Je doute donc que la mairie de Quiberon ait les équipes pour gérer une telle entreprise et un recrutement de spécialistes induirait le risque de constituer une superbe baronnie ce qui amènerait à tomber de Charybde en Scylla !

2- La Sagemor est reconduite.

J’avoue être très friand de ces rapports annuels que les sociétés cotées ou non envoient à leurs actionnaires. Pour la Sagemor, il m’est arrivé à plusieurs reprises de demander, fort poliment, de me le procurer. Je n’ai jamais eu la moindre réponse. Opacité totale !

Cette attitude est révélatrice du problème. La Sagemor, est un « machin » dont le plaisancier de base cerne mal les finalités, une Société d’Economie Mixte au fonctionnement pour le moins nébuleux . Par essence, une SEM est un nid à crabes, une structure mystérieuse et peu lisible où le risque du conflit d’intérêt voire du scandale politique est permanent tout particulièrement en cas d’alternance politique.

Nul n’est actuellement capable de dire quel est le chiffre d’affaire, la politique d’investissement et le résultat net générés par le centre de profits « Port Haliguen ». Il est difficile de faire des approximations. Les doléances les plus légitimes des plaisanciers et la moindre démarche d’évaluation de qualité des services semblent ignorées tandis que le maire de Quiberon lui-même avoue publiquement que ses relations avec la Sagemor ne sont pas des meilleures.

Dès lors, en l’état actuel des choses (dans un précédent article, j’avais évoqué la privatisation de la Sagemor), il me parait difficile d’accorder une confiance supplémentaire à une telle Maison.

La Sagemor est détenue à 62% par le Conseil Général du Morbihan, présidé par Joseph Kergueris, cousin d’Aimé. Son capital accueille également la Caisse des Dépôts, le Crédit Agricole du Morbihan, la Caisse d’Epargne et des « actionnaires privés » qui contrôlent royalement 5% de l’affaire (vive la mixité de la société d’économie). La Sagemor ne publie que le strict minimum de données comptables et je n’ai jamais pu avoir, comme cela est le cas dans les entreprises privées, le détail exact de ses comptes par unités de profits (i.e. par ports) ni le système de ventilation des bénéfices.

3- Port Haliguen est rattaché au Port de Lorient

Cette hypothèse est à mon sens la plus improbable mais elle ne doit pas pour autant être négligée. Le port de Lorient est actuellement géré par la CCI de Lorient pour sa partie commerce et par un syndicat mixte pour la partie pêche.
Le président de ce syndicat mixte est une vieille connaissance : il s’agit d’Aimé Kergueris (1) .

Il existe actuellement un projet consistant à rattacher Port Maria à ce syndicat mixte sachant que Port Maria appartient au département qui l’a concédé à la ville de Quiberon à la fin des années 1980. Les activités de criée de Port Maria pourraient donc être perçues comme complémentaires de celles de Lorient. Le syndicat pourrait donc à court terme, poser un pied à Quiberon.

Port Haliguen, dont le métier est différent (la plaisance) ne constitue pas une cible prioritaire. Simplement, ses bénéfices pourraient, le cas échéant, servir à écoper les pertes du syndicat mixte. Non pas que celui-ci soit mal géré mais il semble malheureusement évident qu’un port de pêche, par les temps qui courent, se situe davantage dans le rouge que dans le vert.

Il convient d’ajouter que le maire de Quiberon (2), quel qu’il soit en 2019 , ne serait peut être pas capable de résister aux pressions d’un conseil général soucieux d’éponger des pertes. L’air commence lourdement à sentir le sapin pour l’actuelle majorité départementale et une certaine cosmétique comptable, à l’approche d’échéances électorales permettrait de ne pas trop prêter le flanc à d’éventuelles critiques.

(1) Je rassure mon lecteur, d’après ce que j’ai pu comprendre, cette place est une sinécure et Aimé se cantonnera à présider quelques réunions en touchant vraisemblablement des jetons de présence et ne passera en aucun cas son temps à régler les affaires courantes. Ce type de poste est en général attribué à une personnalité aux états de services irréprochables lorsqu’elle prend du recul. Il est à noter que notre ancien maraicher de Plouhinec s’est retrouvé cloué au pilori dans le numéro du mois de juin de la revue Capital. Non pas pour ses réussites éclatantes mais pour avoir fait financer le salaire d’une de ses collaboratrices par la SAUR, à l’époque dans le giron du groupe Bouygues. Dans la presse locale, on a bien entendu rien trouvé à ce sujet.

(2) Je ne me lance pas dans des pronostics mais si Jean-Michel Belz se retire en 2014, je vois bien concourir un Monsieur L. (pas l’administrateur de ce site, un autre, adjoint de son état), un Monsieur G. (un autre ex adjoint) ou encore, ce jeune attaché de cabinet en recherche de la perle rare en matière de fief électoral avec lequel j’ai eu le plaisir de m’entretenir lors d’un récent pince fesse. Un seul inconvénient : il en veut certes beaucoup, il est magistrat à la cour des comptes mais il travaille avec l’actuel président de la région Bretagne. Alfred le Quer, dans un de ses ouvrages, n’avait il pas dit que Quiberon se sentait orphelin de son grand homme ? Après tout, un maire de gauche (mais très mais alors très modéré d’après ce que j’ai pu en juger) pourrait se faire élire à la faveur d’une triangulaire et gérer parfaitement la station !

4- La concession est allouée à un nouvel opérateur.

Depuis quelques années, le marché des concessions portuaires est devenu très à la mode, sans doute à cause de la récurrence des profits générés.

A toute échelle comparable, lorsque la multinationale bigoudène Bolloré a cédé l’armateur Delmas-Vieljeux, elle s’est bien gardée de se séparer des juteuses concessions portuaires.

On se souvient également de la bataille boursière qui eut lieu en 2006 autour de l’opérateur portuaire P&O. Enfin, dans un secteur connexe, je rappelle à mon lecteur que la cession par l’Etat français d’ASF, d’APPR et Sanef, concessionnaires des autoroutes éponymes, à différents investisseurs n’avait pas été sans polémiques sur les motivations de ces derniers.

Port Haliguen est un site qui dégage des bénéfices, qui est situé sur un plan d’eau magnifique dans un cadre agréable et extrêmement bien desservi par de multiples moyens de transports payés par le contribuable quiberonnais. C’est donc une cible (je n’ose dire une proie) tentante.

Mais pour qui ?

• D’abord pour l’actuel concessionnaire du transport vers les îles qui cherche depuis quelques années à se développer dans le secteur des concessions (ces fameux partenariats public-privés entre autres) et qui contrôle déjà des lignes de chemins de fer et des sociétés de bus. Port Haliguen pourrait fort bien rejoindre ce groupe. Ce dernier pourrait ainsi prétendre à une intégration verticale de ses prestations ce qui n’est pas sans intérêt même si une désserte des îles via Port Haliguen est impossible. Mais il est alors à craindre que la proximité dans le mode de gestion dont nous bénéficions actuellement avec la Sagemor s’effacerait au profit d’un professionnalisme plus mécaniste ce qui serait dommage s’agissant d’un lieu possédant une telle identité.

• Ensuite pour l’ex concessionnaire de cette même ligne avec les îles, en disgrâce depuis le naufrage du Gourinis. Cette société, beaucoup de gens l’ignorent, est partie intégrante d’un gigantesque conglomérat (4) et outre des moyens financiers importants et une renommée aussi immense que méritée dans le monde maritime, a une revanche à prendre. Après avoir perdu la concession qu’elle détenait depuis des décennies et à l’inverse de tout les pronostics, elle a choisi de conserver des bureaux en ayant pignon sur rue (à Quiberon et Belle île) et exploite certaines lignes en parallèle. Emporter une telle concession à la barbe de sa rivale serait un joli coup, convenons en !

• Un outsider pourrait arriver, mais il faut garder à l’esprit qu’une concession portuaire est un projet de long terme qui de fait n’intéresse ni un fond d’investissement de type « private equity », ni une banque ou une société d’assurance. Port Haliguen, de par sa taille réduite, ne peut de toute manière pas éveiller la concupiscence de professionnels ayant pour politique d’investir dans des structures plus importantes.
Je songe davantage à une société de promotion immobilière ou une société hôtelière soucieuses d’introduire une forte dose de récurrence dans leurs cash-flows. Sans parler de la formidable vitrine que Port Haliguen peut constituer pour son propriétaire !

L’inconvénient majeur d’une concession à un nouvel acteur serait bien entendu le risque de retomber dans le même type de problèmes que ceux générés par la Sagemor. Un contrôle de la commune serait donc nécessaire mais le stipuler dans un contrat me semble dérisoire sachant que les termes écrits, par définition n’évoluent pas tandis que l’environnement dans lequel ils s’appliquent ne fait que changer.

(4) Une société familiale de la meilleure réputation, sans doute la plus grosse société française non cotée en bourse après Auchan. Son siège se trouve à Paris, avenue de la grande armée. Cette société est active dans le négoce du blé, des oranges, l’immobilier, le transport maritime, etc.
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Pour ma part, j’avoue que le scénario que je privilégierai serait la création d’une société dont le but exclusif serait la gestion et le développement de Port Haliguen. Cette « Port Haliguen SA » serait bien entendu indépendante de la mairie et du conseil général. Son capital pourrait être réparti de la façon suivante :

• Ville de Quiberon : 35 % (minorité de blocage)
• Spécialiste des concessions portuaires (après appel d’offre transparent) : 50 %
• Fond d’investissement régional (5) (pour bénéficier des équipes et du conseil) : 15 %

Je conçois bien que ce genre de montage peut paraitre compliqué mais la présence de deux professionnels au sein du capital me semblerait un gage de transparence tandis que la mairie de Quiberon ne ferait que surveiller ce qui se passe au conseil d’administration. Inutile de dire que les représentants de la mairie ne doivent en aucun cas se résumer à des conseillers municipaux mais que le recours à la société civile doit être considéré.

Une concession de 25 ans serait préférable à une durée de 50 ans en obligeant le gestionnaire à être dynamique et ambitieux. Je ne m’attarde pas davantage sur les modalités de ce contrat de concession (paiement d’un « bouquet » lors de la signature, d’une rente annuelle, d’un pourcentage de l’EBE ou du chiffre d’affaire, etc.).

Qui vivra verra, mais j’espère que les équipes en place commencent à cogiter autour de cet épineux problème. 11 ans ne sont pas de trop car un Port Haliguen bien géré rapporterait autant d’argent à la commune que le casino et les infrastructures portuaires pourraient constituer un point de départ intéressant pour une politique de communication plus agressive de la mairie autour du produit Quiberon. Et je conclurai en ajoutant que la renégociation de la concession de Port Haliguen constitue pour l’impétrant un enjeu électoral de taille !

(5) Attention, je n’évoque pas ici une structure para publique regroupant des têtes connues mais plutôt des sociétés du genre IPO (www.ipo.fr) investissant sur le long terme


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