@Quiberon
"Ecolo" sans le savoir.

Physique expérimentale à Port Haliguen….

Ou comment récupérer un tout petit peu de l’énergie des vagues…
mardi 4 novembre 2008 par Patrick LUCO

En ces jours de novembre 2004, dans le cadre de « TIPE » de BCPST (ex Spé « Bio »), Port Haliguen a vu un groupe d’élèves » expérimenter –avec succès !- une étrange machine faite de bric et de broc : L’imagination était au pouvoir !

Tout d’abord, quel était le but de la manœuvre ?
C’est très simple ! Dans le monde actuel, la mode est aux « énergies renouvelables » : celle du vent, celle des vagues, celle de la lumière du soleil….
Tout cela parce que l’énergie « dure » telle que celle issue de la fission ou de la fusion de l’atome fait peur ! C’est vrai que pour maitriser cette énergie, il faut avoir une très sérieuse culture scientifique et technique pour comprendre d’abord, et pour agir ensuite. On est alors très loin du charlatanisme pseudo-écologique et de la magie qui va avec.
En discuter raisonnablement c’est aller à l’encontre de la doxa actuelle !

Ce qui ne se comprend pas fait toujours peur, et est considéré comme de la magie.

Ce groupe de jeunes, imaginatifs et dynamiques à souhait, à défaut de se lancer –tel Enrico Fermi- dans la réalisation d’un réacteur expérimental sous le gymnase de la rue des Postes, se sont vus assigner par leur professeur de biologie-géologie, l’étude et la réalisation d’un prototype expérimental de machine à récupérer de l’énergie des vagues….

Tout cela a commencé un samedi soir à Versailles : « ‘On’ va te mettre à contribution ! », Tu as ton bateau à Port Haliguen et ‘Il’ va servir pour les essais !... »

C’est comme cela qu’un beau matin, peu de temps après, une équipe de choc a débarqué à Port Haliguen pour installer « La » machine à mon bord…

Auparavant, il a fallu la concevoir et tout d’abord en étudier la « Faisabilité ». Ce délicat barbarisme me ramenait à l’époque où on me demandait d’étudier et d’installer à bord d’aéronefs des équipements bizarres qui n’avaient jamais été prévus à l’origine !

D’abord, les jeunes ont procédé à un vaste tour d’horizon (pure langue de bois). C’est-à-dire faire du renseignement sur ce qui se dit, se fait, ou s’envisage d’un côté où de l’autre. Et c’est là qu’on se rend compte qu’en fait on cause beaucoup en pseudo-écologie. On communique mais qu’en fait on agit peu !

Alors nous nous y sommes tous mis. D’abord, le service technique (moi en l’occurrence !) a construit une maquette….

Bizarre cette maquette !

Constituée de flotteurs articulés, avec une seringue en guise de compresseur d’air… Et d’un petit clapet à bille. Tout cela installé dans un baquet où on fait des vagues : pas très sérieux ! Ni probant non plus, car la seringue faisait en fait « dash-pot », ou amortisseur si on veut ! Cette maquette a tout de même démontré, qu’il fallait avoir beaucoup d’inertie, car elle était bien trop légère pour comprimer efficacement de l’air. Quant à s’articuler en synchronisme avec la période des vagues, c’était une autre histoire !….

Puis, une seconde maquette a été réalisée par le même service technique.

En fait c’était une « tranche » de carène de navire. Cette tranche a été réalisée en plexiglass, découpée à l’aide d’une CNC (In french : fraiseuse à commande numérique) de confection locale. Dans cette tranche, a été installé un dispositif pendulaire lourd muni d’un capteur pour conserver la verticale… Puis cette maquette installée dans un aquarium rempli d’eau agitée par un dispositif composé d’une plaque et d’un moteur d’essuie-glace, roulait comme un bateau devant la Teignouse… Ca allait servir plus tard devant le jury.

Bref, cela a donné des idées à la Commission d’Etudes Pratiques constituée par les jeunes "Spé" et présidée par le Chef du Service Technique.

D’abord, il a fallu se procurer du bois de charpente (facile !), des pompes pour moto (un tour à Vannes), des clapets pneumatiques (un tour à Lorient), des tuyaux (un tour à Auray), des robinets à air ( Keroman), des manomètres (Keryado), des gros flotteurs de bouée (Vannes), un réservoir métallique de forte capacité (un réservoir de compresseur d’air fit l’affaire), une mini turbine à air comprimé récupérée sur une perceuse, un flector bricolé avec un morceau de pneu(décharge), un alternocycle de vélo réformé (tombé d’un camion) en guise de générateur, un pont de Graetz récupéré dans une vieille alimentation bien cramée pour redresser le courant, afin de charger un énorme condensateur électrolytique de 100 000 microfarad (une bombe !) qu’il a fallu « reformer » avant de s’en servir, et enfin une ampoule 6 volt -200 mWatt) de phare de vélo…

Et c’est à Port Haliguen que le montage eut lieu !

Jusque là tout fut facile ! Mais à Port Haliguen commencèrent les véritables difficultés…

Tout d’abord, interdiction d’entrer sur le port avec le chargement de matériel !

Les barrières du port m’opposèrent un obstacle infranchissable à cause de la « bonne volonté » du directeur du port de l’époque : Refus net de laisser entrer ! Ce fut de très mauvais effet ! Et pour les faire ouvrir ? Personne ! Le subrécargue adjoint s’était caché… !
Ce qui nous imposa une corvée de transport de matériels encombrants. Ce jour là, je me rendis encore compte que l’inertie s’exerçait aussi là où on s’y attendait le moins !

Il ne restait plus qu’à tout débarquer sur la cale du vieux port.

Heureusement que nous l’avions encore. Le bateau y accosta, et le montage y fut exécuté en deux temps trois mouvements comme cela se pratique dans la Marine.
Il y avait d’ailleurs des promeneurs aux « postes d’admiration » qui nous interrogeaient : « C’est quoi ? », « c’est pour quoi faire ? », etc.…
Puis une fois l’assemblage préparé, retour au poste de mouillage en attendant un temps acceptable, c’est à dire « praticable », comme disait le bosco du bord….

Le lendemain, le ciel était gris, le vent forcissait, un clapot correct commençait à s’établir : juste ce qu’il faut ! Pas du friselis pour touriste sur la surface des flots, ni du clapot abominable qui casse tout en plus de mouiller. Non ! Un clapot intéressant qui permet de se retrouver tout seul sans subir des interférences de planches à voile…

Alors, en route pour aller derrière le Vudgener !….

On stoppe, le bateau bien équilibré s’installe de lui-même en dérive parallèle au clapot et se met à rouler naturellement. Le bras articulé est mis à l’eau, puis boulonné. Les pompes à air sont connectées au réservoir, et il n’y a plus qu’à attendre…

Le bateau roule bord sur bord, les deux pompes alternativement compressées, puis étirées, compriment bruyamment de l’air dans le réservoir. Cela dure près d’une heure pendant laquelle la mer forcit…
Ca roule tellement que tout le bazar finit par casser ! Et pourtant, il avait été conçu costaud selon le vieux principe qu’on nous mettait dans la tête dans nos Ecoles de la Marine : « Trop fort n’a jamais manqué ! Fort assez a toujours consenti !... ».
On répare sur place, et on continue à dériver, en roulant bord sur bord….

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En dérivant vers le milieu de la Baie, le clapot devient plus dur et peu tenable avec un matériel pareil… Et ca recasse encore ! Mais là, il y a du dégât : les pompes sont démantelées !.... Tant pis ! On a récupéré de l’air comprimé dans le réservoir de 160 litres à une pression de 7 bars ! Pas mal du tout pour un tel bricolage ! Puis on revient au port avec notre réservoir chargé…

Au port, en sécurité au ponton, alors qu’il pleut et qu’il vente dehors grâce au cunimb’ de service, nous nous regroupons dans le poste autour du banc de production d’énergie électrique…
Un secrétaire note les paramètres, chrono en main… On n’avait pas de centrale de mesure…
La vanne d’air est ouverte, la turbine tourne, entrainant l’alternocycle, et la lampe s’allume !

Et elle reste quelques minutes allumée le temps de vider le réservoir ! Expérience concluante ! Le TIPE est pratiquement terminé… Il n’y a plus qu’à réfléchir pour conclure !
Et après il faudra présenter cela proprement devant un jury de connaisseurs…

Certes on n’est pas prêts de faire rouler un TGV avec cela ! Même en industrialisant une telle machine –et cela existe, c’est « Pelamis » !- il faudrait couvrir les côtes pour recueillir à peine de quoi alimenter un village ! Et encore. Et les jours où il fait beau, et qu’il n’y a pas de vent ? On fait comment ?

La prochaine fois je proposerai de construire un réacteur…

Il parait que la ’manip’ a été appréciée par le jury qui après s’être bien amusé avec ces pigouilles, a donné une très bonne note....


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