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Doutes...

Et si le logement des jeunes à Quiberon était un faux problème ?
mercredi 21 janvier 2009 par Patrick LUCO

La lecture des pages locales du quotidien local de ce samedi 10 janvier aura été, pour une fois, intéressante. Monsieur le Maire y expose ses projets pour la ville de manière claire et détaillée. On ne peut que lui souhaiter la meilleure réussite possible dans l’accomplissement de ceux-ci. Une question me taraude néanmoins et Jean Michel Belz la soulève de manière filée : c’est la différence entre la nécessité de développer des logements sociaux et celle de terrains en accessions. Il souligne parallèlement la nécessité de maintenir des jeunes à Quiberon.

I-. Les jeunes quittent Quiberon : et alors ?

Mais est ce vraiment le plus important ? Les Quiberonnais ont toujours été travailler loin de leur presqu’île. Déjà, en son temps, mon père a passé autant de temps à Dakar, à Toulon, à Alger ou à Liverpool que dans son village natal de Port Haliguen. Mon grand-père lui a servi sur le Balny sur le Yang Tsé à la grande époque... Moi, j’ai servi 31 ans dans Marine nationale et je n’ai jamais eu un seul jour d’activité à Quiberon. J’ai deux enfants : ils vivent maintenant en région parisienne ce qui ne les empêche pas de revenir régulièrement au pays (1). Outre ces exemples familiaux, je ne parle pas de ces Quiberonnais partis, qui installer des centrales nucléaires, qui diriger la filiale française d’un grand groupe d’électronique nippon ou bien ceux, nombreux, qui sillonnent les mers et les airs...

Partir ne signifie pas couper les attaches, bien au contraire. Partir peut vouloir dire mieux revenir même si c’est à l’heure de la retraite. Partir, c’est aller voir ailleurs, et apprendre. C’est aussi revenir avec des idées nouvelles...

La volonté de conserver à tout prix des « jeunes » à Quiberon est peut- être exagérée.

Pour leur offrir quoi ?

Quiberon est une ville qui actuellement vit presque uniquement du tourisme.

II- Une diversification insuffisante : la nécessité de maintenir une activité économique

C’est l’inconvénient de se reposer sur un seul secteur d’activité. Le tourisme, bien sur c’est rentable même si la fréquentation de la station s’érode. Mais finalement, à Quiberon, mis à part les derniers hôtels, la thalasso, les deux conserveries et les quelques commerces pérennes du centre ville, il n’y a rien pour attirer une jeunesse qui fait de plus en plus d’études et qui acquiert des qualifications nouvelles.

C’est davantage cet « effet place » (3) qui fait défaut à Quiberon que la nécessité de grignoter encore plus les espaces verts subsistants pour les lotir. Il faut développer l’activité économique à Quiberon. Maintenir ou faire venir des « travailleurs » (au sens littéral du terme) et leurs familles permettraient de conserver une pyramide démographique équilibrée. Alors que trouver pour se diversifier et promouvoir l’emploi ? Les idées ne manquent pas :

- Promouvoir une seconde maison de retraite gérée par un indépendant (comme Noble Age, Orpea ou Korian). L’idée d’une maison de retraite comme vecteur d’activité peut faire sourire mais la demande en emplois est là. Sans parler de l’aspect porteur du secteur eut égard aux courbes démographiques.

- Plus insister sur l’aspect gastronomie. Nos anciens se retourneraient dans leurs tombes à l’idée de « Quiberon, la presqu’île gourmande » mais il faut reconnaitre que depuis une décennie, les artisans du goût se sont multipliés jusqu’à l’installation d’un rival de Laduré cet été sur le boulevard. A cet égard, l’installation d’un grand chocolatier local à Landevant aura été, à mon sens, le fait le plus noir de l’année 2008 pour Quiberon. Peut être que des subventions voire l’octroi de facilités foncières auraient pu changer les choses. Ce virage gastronomique pourrait prendre l’aspect d’un festival davantage médiatisé, d’une couverture médiatique plus étoffée, voire, pour reprendre une de mes vieilles idées, la mise en place d’un GIE pour mieux vendre et mieux négocier les produits avec les distributeurs. Ce genre de forme sociale a bien marché pour les artichauts du Léon sous l’impulsion d’Alexis Le Gourvennec !

- Jouer davantage sur l’aspect maritime : à Saint Pierre, il existe une école de voile de rayonnement parait-il mondial. A Port Haliguen, un parking à bateaux qui jadis fut un port. Pourquoi ne pas essayer de les faire travailler ensemble, les uns pouvant dynamiser les autres et réciproquement. Nous n’avons aucune course nautique propre. Pourquoi ne pas mettre en place une « régate de Quiberon » de réputation internationale qui consisterait, par exemple, à faire le tour de Houat en partant de Port Haliguen (ou d’ailleurs !). Bien sur, l’organisation de ce genre d’événements est complexe et la montée en puissance n’est pas toujours évidente sauf si en guise de récompense, on sait y mettre le prix. Après tout, pour Port Haliguen, on sait où aller chercher (beaucoup) d’argent qui s’évapore on ne sait trop où !.

- Faciliter la création d’entreprises. La zone Plein Ouest est, à mon vis, la plus grande réussite de ces 20 dernières années. Pourquoi ne pas y faciliter l’installation d’entreprises, tout d’abord en utilisant les terrains dits en accession voire en subventionnant plus énergiquement les créateurs.

- Entamer une réflexion sur la situation de l’hôtellerie à Quiberon : pourquoi tant de fermetures ces dernières années ? Il serait sans doute possible, avec une communication et des produits plus adaptés, de favoriser le tourisme non seulement l’été mais aussi à d’autres périodes de l’année.

III- Le dilemme : le logement qui ne doit pas devenir synonyme d’urbanisation.

Je ne vois donc pas l’utilité de densifier massivement le tissu urbain ou d’urbaniser des espaces encore sauvages afin de proposer des « terrains en accession » lorsqu’on se dit désireux de promouvoir une « belle ville ». Cela me parait presque antinomique vu la situation esthétique actuelle de Quiberon. Un autre système pourrait être mis en place.

Il existe en effet, à Quiberon un marché secondaire -selon les termes du secteur- maintenant suffisamment important. Marché secondaire, en immobilier, c’est l’équivalent du marché de l’occasion pour les voitures ou les bateaux. Il suffit, pour s’en convaincre, de faire un tour dans le bourg et les villages : les pancartes « à vendre » fleurissent.

Bien sur, c’est cher, beaucoup trop, pour des jeunes ménages. Mais puisque que le lotissement massif de « terrains en accession » s’apparente à une subvention (i.e. Comme l’explique Monsieur le Maire, vendre 100 € ce qui est supposé –je suis dubitatif quant à l’acuité de ce chiffre- en valoir 400 €), pourquoi ne pas offrir (je ne vois pas d’autres mots) une grosse somme à un jeune ménage effectuant l’achat d’une habitation déjà existante ou bien si l’idée du don, chère au regretté Marcel Mauss froisse certains, accorder des prêts à un taux d’intérêt symbolique. Voire des cautions bancaires. Bien entendu, les conditions d’accès à ce dispositif seraient identiques à celles en cours actuellement pour les terrains en accession (notamment sur la durée de conservation). Le coût pour la collectivité pourrait être équivalent sans que pour autant la presqu’île ait à s’urbaniser davantage (4). Je trouve en tout cas que ce système mériterait d’être considéré par les équipes en place. Les méthodes qui étaient efficientes il y a 20 ans ne sont peut être plus adaptées sauf si on vise à ressembler à Beaulieu-sur-Mer. Ce qui ne semble pas être le cas.

Les terrains disponibles se font de plus en plus rares et pour embellir la ville, peut être serait-il préférable de multiplier les espaces verts, les parcs municipaux. A moins de tripatouiller le Plan d’Occupation des Sols, ce qui serait une catastrophe !

Il reste un point sur lequel je suis totalement d’accord avec Monsieur le Maire, c’est la nécessité de bâtir plus de logements municipaux à loyers modérés qui permettent à de maintenir à Quiberon des familles qui ne pourraient pas facilement s’y loger et notamment les personnes (peut être ces fameux jeunes) qui commencent à travailler ou à fonder famille.

Alors mon lecteur l’a compris : si je suis sans réserve partisan de la construction raisonnée de logements à but locatif, autant je suis dubitatif face à la nécessité et aux coûts environnementaux engendrés par le développement de terrains dits en accession particulièrement sur les anciens landiers sur la Côte Sauvage, autour des villages ou au Sémaphore.

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Le fait que les jeunes quittent Quiberon n’est pas une fatalité, bien au contraire, si cela peut leur permettre d’avoir des situations plus avantageuses ailleurs. Ils peuvent toujours revenir en vacances. La presqu’île, pour l’instant, n’offre pas un éventail très vaste de possibilités d’emplois et il ne sert pas à grand-chose de dépenser de l’argent pour se battre contre les moulins à vents que sont le prix du mètre carré et le vieillissement de la population. C’est le lot de beaucoup de petites villes de provinces. De toute manière, s’il s’avère qu’il apparait une offre en emploi à Quiberon, on peut se reposer sur « la main invisible du marché » pour fournir des demandes.

Ces moyens pourraient être utilisés d’une autre façon, à autre chose qu’à contribuer à couvrir la presqu’île de constructions et en enrayant ce problème de mono activité économique, actuellement occulté par des problématiques de logements. La presqu’île a déjà suffisamment été abimée comme ça !

(1) Et notamment pour voter : il existe des gens capables de faire des centaines de kilomètres pour venir voter pour une liste unique aux élections municipales.

(2) D’ailleurs, comment définit-on un jeune ? Par une fourchette d’âge ? une situation familiale, professionnelle voire financière ? C’est quand même pas très convainquant !

(3) L’effet place ou effet « Palo Alto » consiste à diversifier les ressources d’une région précise en utilisant massivement les flux d’argent provenant d’une mono activité. C’est par exemple le cas de Cheikh Zayed, premier président des Emirats Arabes Unis, qui a utilisé les revenus du pétrole pour développer le tourisme et le secteur financier. Palo Alto concerne davantage l’essor de la Silicon Valley en Californie avec les interactions entre l’Université de Berkeley et les créateurs d’entreprises de NTIC amenant, par capillarité, à l’essor d’activités liées à la recherche médicale, à la biotechnologie ou à la communication.

(4) Un dispositif similaire de prêts à taux faible pourrait être mis en place afin d’aider les héritiers à payer les droits de mutations et à conserver les maisons familiales lors des successions.


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