@Quiberon

Péché capital...

dimanche 7 septembre 2008.

Elle n’avait plus vingt ans...

Elle les avait eu alors que des "vert-de-gris" avaient conquis la presqu’île. Son mari était parti depuis longtemps vers des mers si lointaines et si vertes. Les enfants devenus grands s’étaient envolés du nid familial et étaient éparpillés à travers ce beau pays de France. Ils ne revenaient qu’aux vacances scolaires.

Son village, aux petites maisons basses, avaient été achetées une à une par des duchentils fortunés et les volets demeuraient fermés dès que les brumes de septembre survenaient...

Il fallait bien vivre ! Et donc aller de temps en temps acheter son pain dans la boutique où le boulanger pétrissait encore lui-même un pain odorant et craquant.

Alors, elle partait, seule, à pied, avec son cabas à roulettes et sa canne.... La route, sous le soleil brillant de Quiberon, était longue... Très longue ! Il lui fallait s’arrêter de temps en temps pour reprendre son souffle...

Cette route qu’elle avait si souvent parcourue aux temps où elle était bordée de fossés fleuris, de jardins embaumés aux arbres fruitiers chargés de fruits, lui était dure maintenant que les lourdes bâtisses sans âme ni coeur les avaient remplacé.
En ces temps là, on se parlait naturellement de tout et de rien. A la coiffe, elle reconnaissait son prochain.... Et quand elle était fatiguée, on lui offrait avec plaisir du café versé de la "grecque", une tranche de bon pain au beurre bien jaune et goûteux.

Maintenant, elle chemine avec peine sous un soleil de plomb... Elle aimerait bien se reposer. Personne ne lui parle, ni ne la regarde... Elle ne peut pas se reposer : il n’y a pas de banc pour s’assoir ne serait-ce que quelques minutes...

Dans le flot continu de voitures puantes qui la frôlent, passe un conseiller -"personnalité" locale- qui plongée dans ses préoccupations et noyée dans ses méditations, ne la regarde pas... Il ne la voit pas non plus. Pourtant, elle avait voté pour lui...

Cette "personnalité" ne se rend même pas compte de l’utilité d’un humble banc public bien placé. C’est vrai qu’elle n’en a pas besoin -elle !- assise confortablement dans les cuirs de sa voiture climatisée aux chromes rutilants.

Elle poursuit sa route à grand peine, se souvenant des temps heureux où on était plus attentif aux autres...

-----------(o)-----------

P.S. : Je l’ai recueilli dans ma voiture et ramenée chez elle : les groseilles de son petit jardin étaient remarquables...


forum

Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 197305

Suivre la vie du site fr    ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.15 + AHUNTSIC

Creative Commons License