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Un nom qui remonte à loin dans le temps !...

Origine du nom de "Quiberon"....

Ce nom d’un lieu que nous aimons tant, vient de très loin dans le passé...
samedi 30 juin 2007 par Patrick LUCO


J’entendais récemment un "guide" touristique gloser sur Quiberon…. Il prétendait que cela ne signifiait rien…. Pourtant ce n’est pas une invention commerciale de l’instant de la part d’un quelconque office du tourisme !

Alors, j’ai recherché mon cours d’Histoire bretonne que mon très regretté professeur d’histoire du Lycée de Lorient nous faisait le jeudi matin de 10h à midi dans les années 1960.

Monsieur Gildas Bernier nous a fait l’honneur à quelques uns (nous étions 4 !) de nous faire des cours de civilisation Gauloise, Bretonne et Celte... Cela trois ans de suite !. De temps à autres, nous l’aidions à faire des fouilles archéologiques.... Nous nous rendions bien compte qu’il nous faisait un cours spécialement pour que quelques uns de ses élèves n’oublient pas leurs racines....

A chaque fois que je circule dans un des pays celtes, je ne peux m’empêcher de réfléchir à ce qu’il nous enseignait. Je revois ses sourires, j’entends ses intonations, lorsqu’il nous expliquait certaines transformations des mots, des noms, des tournures....

Outre les souvenirs, il me reste de ce temps là des notes prises en cours, des feuillets épars ronéotypés, ou dupliqués à l’alcool.

Grâce à l’internet et aux grandes bibliothèques en ligne, la plupart des textes cités sont disponibles... Je me suis même procuré un fac similé du cartulaire.... J’arrive à lire parfois des fragments en onciale, parfois le latin me fait défaut....

Cependant, je ne peux m’empêcher de retranscrire ce que M. Bernier nous avait donné... Grâces lui soient rendues...

Ce nom désigne maintenant le village principal de Quiberon, devenu ville… Jusqu’au début du XIXeme siècle ce nom de « Quiberon », servait à désigner la presqu’île.

Dans la Charte de Redon de 1037, on trouve « Insula quae vocatur Keberoën » ( l’île qui se nomme Keberoën) et « In praefata insula Keberoën » (dans la sus nommée île Keberoën).

Dans le cartulaire de l’abbaye Sainte Croix de Quimperlé il y a « Locdeugui de Keperoën » « Cujusquam terrae de Keberoën ». Une charte citée par Dom Morice indique « De fisco suo qui est Kemberoën ». Le fiscus désigne le domaine ducal.

Au XVIIeme siècle dans un acte notarié on lit : « Au bourg de Locmaria en l’isle de Quibéron ».

Dans la « Réformation du pays d’Auray » de 1679, le nom de « Quibéron » est employé avec la même acception. Le nom d’île pour désigner la presqu’île apparaît plusieurs fois.

Le rattachement permanent de la partie nord au tombolo date de 1882. Grâce au chemin de fer, construit en 1882, il a fallu construire des remblais pour empêcher la mer de franchir la dune aux grandes marées.. Jusqu’à la fin du XIXeme siècle, le passage n’était praticable qu’à marée basse. Ogée le signale dans son dictionnaire historique où il précise que cet endroit -nommé par les autochtones « Gover droh » - ne fait que 20 toises de large.
On retrouve aussi le nom de « Peninsulam Quiberonis » dans un manuscrit d’un « pargemin » de l’abbaye de Saint Gildas de Rhuys.

Plus délicat est le problème posé par la fixation du nom de Quiberon au nom de « Lommaria » qui est postérieure à la Révolution .

En breton, Lommaria est appelé « Er vourh’ » dans l’usage courant pour ceux qui habitent les hameaux et villages. En Français, on dit encore et toujours chez les Quiberonnais : « Le Bourg » ! ». On dit toujours : « je vais chercher mon pain au Bourg !... ». Les habitudes persistent deux siècles après !

Dans l’expression « Le Bourg de Quiberon », le second terme est pris en tant que déterminant, alors que c’est le premier qui était déterminant !..

La valeur du nom de Quiberon est transparente dans le groupe « Saint-Pierre Quiberon ». L’expression de « Presqu’ile de Quiberon bien vivante dans l’usage actuel est sous-jacente dans Saint-Pierre Quiberon ». Dans cette logique , il est normal de dire "Saint Pierre de Quiberon" ou encore "Saint Pierre en Quiberon". Ce n’est qu’après la scission des deux paroisses que le terme a dérivé pour de fausses raisons.

L’imagination des chercheurs s’est donnée libre cours pour trouver une étymologie au nom de Quiberon. C’est un recteur de Saint-Perre, qui, dans des notes manuscrites déposées au presbytère de la dite paroisse nous offre la série la plus abondante, et aussi -disons-le !- la plus fantaisiste.

Il hésite entre « Kêr brenne », la ville des joncs, (il fait à ce sujet remarquer qu’il y a beaucoup de joncs dans la presqu’île. Ce qui est encore exact en 2007 ! Il y a aussi « Guez brein » : arbres pourris…. Kebreen de « Keber », le chevron. La presqu’île selon lui affecte la forme d’un chevron. Enfin « kêr bre’hagn », la ville stérile. Il faut rapprocher bre’hagn de brehaine ou brehaigne (femme stérile).

Le Diberder dans un ancien Guide de Quiberon édité par M. Le Bayon (de Quiberon), restitue une forme gauloise « Keperona », sans dire pourquoi cette finale en « a » ni pourquoi la diphtongue attestée au XIeme siècle « oe » correspondrait à un « o » en gaulois.

Les remarques les plus sérieuses ont été présentées par l’Abbé le Cam ,« Quiberon à travers les âges ». Après avoir formulé en termes qui ne manquent pas de poésie les différentes hypothèses que l’on peut faire sur l’origine du nom de Quiberon, il offre son opinion : « Quel souffle, demande-t-il, anime ces trois syllabes ? Est-ce une brise normande, bretonne, gallo-romaine, celtique, mésolithique, qui déploie au vent du large, le pavillon de nationalité de cette gigantesque étrave de pierre qui s’enfonce dans l’Atlantique »….

Il semble que le nom soit d’origine bretonne et remonte aux émigrations du VIéme siècle » Et voici l’étymologie proposée : « Dans « Keberoen, le "Ke" initial peut être un préfixe, représentant un plus ancien « co » gallois, armoricain signifiant haut, grand élevé ? Quant au "B", s’il était primitivement, comme aujourd’hui, entre deux voyelles, il viendrait de "p" ; on remonterait donc à : "peroen" (possesseur, propriétaire ». Il nous parait impossible que la forme "peroen", attestée en 1069, corresponde au moderne "perhen" (l’Armerye). Il faudrait expliquer pourquoi la gutturale sourde représentée en vieux et moyen breton par "ch" (Luch, vieux-breton) a donné avec la voyelle suivante une diphtongue « oe » ; elle est d’ailleurs attestée en gallois : "perchenn", propriétaire, et en cornique : "perhen".

Le Cam fait preuve de plus de perspicacité lorsqu’il rapproche de Quiberon, le nom de Beg Ruberon, pointe rocheuse sur laquelle est construit le Fort-Neuf en Port-Haliguen, « c’est évidemment le même mot, moins le "ru" (rouge) initial, qui n’est vraisemblablement pas pour ros, point de terre élevée et penchante vers la mer, car l’s –aurait préservé le p"- ou durci le "b"- comme dans Rosporden.

Run, colline, petite montagne qui s’élève doucement au dessus de la plaine, a aussi le sens de tertre, tombe ; la chute du n se rencontre dans plusieurs noms de lieux : Rustefan pour Run-Stephan, la tombe d’Etienne ».

Le Cam hésite entre le propriétaire rouge, et la tombe du propriétaire, qu’il ne fait d’ailleurs que suggérer ; il y a lieu d’hésiter en effet.Le "Ke" pourrait bien être un préfixe équivalent à "com" avec, que l’on trouve dans le nom d’homme Ke-uiurgar du Cartulaire de Redon. (Chrestomathie p.118), et sous la forme "co"- dans d’autres noms, ("cy"- en gallois) ; malheureusement, c’est le seul nom de lieu à notre connaissance, qui offre ce préfixe.

Le préfixe "ru" de "Rubéron" peut bien représenter "run" ; on le retrouve en effet dans le nom de village Runaron en Portivy et dans le lieu dit "Ruguied". Ici, il convient parfaitement comme désignation topographique, le beg Ruberon forme un petit sommet de 4 à 6 mètres au dessus du niveau de la mer. Le second terme –beron est le même dans les deux mots, puisque son évolution a été identique : la prononciation moderne de Quiberon en Breton est « Kibirén » et et de « Rubéron » « er Reberén » forme donnée par l’état des sections du cadastre (prononciation en breton : Ruberén.) (1). La forme "Ruberenne" de 1746 confirme la graphie du cadastre.
Les formes du mot Quiberon classées par dates nous permettent d’étudier l’évolution phonétique :

- 1037 : Keberoen. (Cart . de Redon, P. 329)
- 1069 : Keperoen (Cart. De Ste Croix p. 150)
- 1072 : Kemberoen (Dom Morice P ; tome I, p378)
- 1073 : Keberoen
- 1146 : Keberoen (Rosenzweig. Cart. Morbihan. P. 178)
- 1208 : Keberoen (Cart. Ste Croix p. 151.)
- 1304 : Queberon (Dom Morice P, tome I col 1188)
- 1438 ; Queberoën (Dom Morice P, tome II col 1320)
- 1520 ; Cabarain ’Lisle de...) dans "Le grand routtier et pyllotage et encrage de la mer" de Garcie dit Frerrande (sur gallica.bnf.fr)
- 1575 : Queberon (Le Méné. B ; S ;P ;M ; 1904 p.191)
- XVIIème : Kiberon (Luco « Pouillé du diocèse de Vannes p. 636)
- 1804 : Quibéron Cadastre
- 1942 : Quiberon
- 1968 : Quiberon
- 2007 : Quiberon

En breton : Kibiren, prononciation locale : « Kibirén" ou avec l’accent "tchi’biren"...

"Tu viens d’où, me vaotr’ ?"
De Quiberon, me mamm !
Ah de "tchi’biren" !
Oui, dam !

Dans cette série de formes sémantiques, la forme « Kemberoen » du Cartulaire de Quimper qui ne s’explique que par association d’idées. Le scribe devait penser à « Kemper », « Kemperelle » !

La forme « Keperoén » est la plus intéressante. En effet, c’est une forme du vieux-breton qui a traversé les âges. L’affaiblissement des ténues entre deux voyelles, phénomène qui se fait sentir déjà au IXème siècle, est chose faite au XIIème siècle. C’est à vrai dire les ténues sont demeurées fermes dans l’écriture jusqu’au XIème siècle. (Cf. LOTH, Chrestomanie p.58). La diphtongue « oe » est attestée depuis le début du XIème siècle jusqu’au début du XVème siècle. Les XIVème et XVème siècles sont des époques de transition. Le mot subit une francisation. La diphtongue est réduite à une voyelle nasalisée. La valeur du "e" dans la diphtongue est celle d’un "e" fermé, la prononciation était « Kébérèéne » -oen, et non d’un « e » ouvert comme le ferait croire la graphie tardive « Queberoën ». Cette valeur est attestée par la forme bretonne « Kibirén » citée par Joseph LOTH (Revue celtique t.I6. Etude sur le dialecte breton de Quiberon), intermédiaire entre la graphie ancienne et la prononciation des années du milieu du XXème siècle et qui explique cette dernière.
Loth cite la forme « Kibiren » en exemple de la règle qu’il pose : Les diphtongues que l’on trouve en moyen-breton, échappent au phénomène de la palatalisation : « Lec’h » -lait- correspond au breton-moyen « lez » ; « santelle’h » -sainteté-, à Santelez, « Ker » -ville-, à « Caer » ; « ler » à « laer. Le « i » de « Kibiren », s’explique par la même particularité qui fait que les voyelles fermées des autres dialectes le sont plus encore dans celui de Quiberon : à « den » vannetais correspond « din », à « bed », "bid".

Quant à la décoloration subie par les deux premières voyelles à une époque récente, elle est due, au fait que l’accent reposant sur la dernière syllabe, la valeur des voyelles non accentuées est indéfinissable. (Valent-elle « i » ?).

La double réduction de la diphtongue en –én en breton et en français
est comparable à celle que subit la diphtongue « ae « du mot « ker » - village-, qui est « Kè » dans la forme française et « Kar » souvent dans la prononciation en breton (Karãn, Karneviacht). Parfois il est impossible d’expliquer la raison de ces phénomènes : il faudrait savoir si la prononciation française « kibéren » n’est pas empruntée à la forme écrite.

La linguistique n’a pas pu nous fournir la preuve de l’origine bretonne du nom de Quiberon.

La toponymie nous apporte un argument en faveur de l’origine pré-bretonne du nom. Les îles importantes de la côte bretonne n’ont pas été nommées par les Bretons.
On en a la preuve pour Houat et Hoëdic, Belle-Ile, Sein, et Ouessant, dont les noms bretons dériveraient, selon la philologie, des noms cités dans l’itinéraire d’Antonin : Siata, Arica, Vindilis, Sena, Uxantis. Tout porte à croire que Groix et Quiberon sont également des noms antérieurs à l’émigration bretonne.
Le fait que Belle-Ile porte en breton le nom de « Guerveur » ne prouve pas que les émigrants bretons aient imposé un nom dans leur langue à la grande île, car ce nom ne désigne pas l’île toute entière.
On trouve d’ailleurs l’expression : « Enez ar Guerveur », l’île du grand camp, ou de la grande ville…. Selon Loth (Revue Celtique X , p 310-324) que l’identification est légitime, mais que l’évolution phonétique nous laisse supposer deux erreurs de lecture commises par les scribes : « Arica » serait pour « Alica » et « Vindilis » pour « Vidilis ».


En réponse à :

Origine du nom de "Quiberon"....

4 novembre 200912:29, par Patrick LUCO

Bonjour !Je ne conteste pas du tout cette diffusion "culturelle", car dans le contexte géographique de l’époque, seule la navigation maritime permettait un echange (Hommes et idées, cargaisons...) , les trajets par terre beaucoup trop long, dangereux, et aléatoires, sans compter que les élément relatifs à une vision globale genre table de Peutinger n’existaient pas ! Et que dire de l’appréciation globale de la géographie du continent ?
Ensuite, je pense qu’il y avait une certaine "communauté linguistique" entre les différents peuples, c’est à dire une certaine proximité (ca reste à démontrer)
Ces (...)


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